Période de stage ou de farniente pour certains, les deux pour d'autres ... Et oui, c'est le temps des feuilletons d'été. Il est tout beau, il est tout frais, on vous livre le 1er épisode de Quête Dans Une Piscine.
Dans une galaxie lointaine, très lointaine, un tout petit photon parcourt innocemment - c'est-à-dire à une vitesse vertigineuse compte tenu de la mise en place récente des radars automatiques - les quelques milliers de *** de kilomètres qui le séparent de sa mystérieuse destination. Grisé par la vitesse, les images s'enchaînent : un soleil arrogant, une meute affamée de météorites, des astéroïdes en cavale, de la poussière, beaucoup de poussière, ET sur son vélo et krak ! Il pénètre avec fracas dans une stratosphère particulièrement nauséabonde. Mais rien ne peut le décourager et il reprend déjà sa course insensée. Le bleu de l'océan remplace bientôt les sombres profondeurs de l'Univers, à peine altéré par les nuages de pollution qui semblent avoir pris racine au dessus des terres. Un rivage se dessine, des montagnes apparaissent, puis des villes, des routes, des rues, des chemins, un bâtiment, une fenêtre. Oups, pas celle là elle est fermée ! Dérapage à gauche, entrée par la lucarne, accélération finale - un bras, non, une jambe, des poils - birk. C'est l'explosion finale ! Un voyage de quelques milliers d'années lumières pour terminer sur la paupière d'un corps inerte et poisseux dans une résidence étudiante de Cergy le Haut.
Au même instant, à quelques dizaines de millimètres de là, une main s'abat et des doigts balaient sans ménage les restes de notre petit photon. Anselme ouvre un œil comateux et le referme aussitôt. Puis, constatant à quel point sa chambre diffère de l'endroit où il a vraisemblablement passé la nuit, il se décide à rouvrir des yeux paresseux pour examiner ce curieux décor. Sur l'unique chaise du lieu se balance négligemment un soutien gorge bleu. 85 C se dit-il machinalement avant de recevoir la première d'une longue série de violentes piques à l'arrière du front. Pas de doute, il a tous les symptômes de la cuite. Il tente de se rappeler sa soirée agitée mais seuls quelques sourires de Foy'seux lui tendant des bières lui reviennent en mémoire. Il devine à l'odeur ambiante que sa nuit n'a pas dû être de tout repos. Ce n'est qu'après avoir mis le pied sur un préservatif usagé qu'il prend la ferme résolution de se tirer d'ici au plus vite.
N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il rampa vers la sortie en suivant une trajectoire aléatoire déterminée par les emplacements de ses vêtements éparpillés. Sans jeter un regard en arrière _ non il n'avait pas vu le bras qui dépassait de la couette _ il ferma avec un soin d'orfèvre la porte de la chambre puis s'affala dignement sur le pallier de la porte. Suivirent cinq pénibles minutes indispensables pour se remémorer comment lacer ses baskets puis pour regagner la coordination de ses doigts. Les relents de bières et d'autres breuvages dont il avait par bonheur oublié la composition se firent plus pressants. Il dévala les escaliers, eut un instant de panique animale face à une porte rouillée qui refusait de s'ouvrir et enfin pu faire quelques pas sur un trottoir pour aspirer à pleins poumons l'air pollué et combien familier de Cergy. Il erra une dizaine de mètres, le temps de réaliser d'abord qu'il était sur le parvis de la préfecture, ensuite que non si tout allait bien il n'allait pas faire l'inventaire visqueux de ce qu'il avait bu la veille. Si Anselme se dirigea vers l'ESSEC, c'était avant tout pour s'éloigner du lieu maudit qu'il venait de quitter. En passant les portes à battants du bâtiment principal et jetant un regard machinal au dessus de sa tête, il réalisa dans un brouillard d'idées fumeuses qu'il pouvait tout aussi bien en profiter pour faire acte de présence à son cours de finance. Alors qu'il marchait de manière totalement inoffensive, il se fit sauvagement agresser par un énorme coup de massue appliquée dans le dos.
_ Hey salut Anselme ! Toi ici à l'aube ? Qu'est-ce qui t'arrives, tu es malade ?
Un grand mec dégingandé s'apprêtait à lui donner une deuxième accolade. Prudence avant tout : Anselme fit deux pas en arrière pour rétablir les deux mètres de courtoisie entre l'agresseur et lui. Une mise au point visuelle lui permit d'identifier le jeune homme qui l'avait jovialement terrassé. Georges, longue chevelure soignée, l'œil vif, un enthousiasme inébranlable que ce soit pour choisir son jambon-beurre à midi ou l'orientation de sa carrière qui s'annoncait, nul doute possible, triomphante. Anselme étouffa un bâillement puis daigna répondre :
- Non, non rien de tel. J'avais simplement une excellente raison pour mettre les voiles.
- Alors la fin de ta soirée ? Chez elle ou chez toi ?
- Heu, chez elle je crois ou sinon je connais pas l'endroit.
- Et...
- Trou noir ! Tu sais qui c'était ?
- Non, aucune idée. Bon, allez vieux c'est la fin de ma pose. On se voit à la Foy's de ce soir ?
- Hein, encore ? Heu... sais pas j'vais voir...
Sur ce, Anselme regarda avec un dynamisme de truite énamourée son ami partir droit et fier pour un cours qu'il validerait sûrement à 16 pendant que lui se débattrait pour faire annuler son -4 de pénalité d'absence. Le salaud ! Enfin bon, après tout si ça lui plaisait....
Après dix bonnes minutes de réflexion très productive dans le GH, notre ami mi-poisson mi-poisseux se dit que tout compte fait, les cours c'était mieux avant et la douche c'était bien maintenant.
Et c'est ainsi qu'à l'heure où les briques rouges du parvis de la préfecture réfléchissaient les dernières lueurs d'un soleil indolent, l'herbe du Parc ployait sous les semelles conquérantes Puma d'Anselme. Le jean Diesel bleu au tombé parfait associé à l'arrogance de son t-shirt « J'te veux mais pas tes yeux » conférait à sa démarche prédatrice une crédibilité longuement recherchée. Le polo en bandoulière, accessoire socialement correct de son temps lui permettait d'ajouter une touche d'originalité à sa tenue déjà si...originale. Cependant, comme pour s'excuser d'avance de sa pulsion d'anticonformisme, il prit bien soin d'utiliser le gel fixation extrême conseillé par son après-shampoing Loreliane. Grâce à son entraînement intensif, il se sentait frais et neuf, prêt pour une autre nuit de folie aux côtés de Georges, Jasmine et Pierre-Alban.
Sans hésiter il traça jusqu'au cœur névralgique du campus. A peine entré il fut assailli par les relents de bières renversées et de cigarettes froides. Il se fraya un passage jusqu'au bar, slalomant à grand' peine entre les gobelets vides négligemment jetés par terre et les jolis filles disposées ça et là. Il s'installa dans un mouvement très étudié au comptoir - dont, pensait-il, dépendait très certainement la rapidité avec laquelle il serait servi - et trempa instantanément son polo de bière. Puis, après s'être bien assuré que toutes les fibres de coton étaient imbibées jusqu'à saturation, moment à partir duquel toute commande devenait audible aux yeux du barman assourdi :
- Une pinte, beugla-t-il les mains en cornet à la bouche pour couvrir la musique sans doute mixée par un psychédélique ivre soûl.
Il n'était pas certain sur le fait que son interlocuteur ait réellement percuté l'information jusqu'à ce qu'on lui tende abruptement le verre en en renversant une dose généreuse sur le comptoir déjà bien détrempé (tout comme d'ailleurs la majorité de l'assistance). Il tenta de battre en retraite avec son trophée liquide mais percuta un grand blond. En se retournant il vida son verre de manière imprévue achevant ainsi de ruiner ses baskets. Fulminant, il pataugea jusqu'à un groupe d'amis vautrés sur les fauteuils du Foy's. Il jeta un coup d'œil à droite : une fille, jolie au demeurant ; il jeta un coup d'œil à gauche : une autre fille. La sueur perla à son front. Serait-il possible que l'une de ces demoiselles _ voire les deux _ soit sa mystérieuse conquête de la veille. Anselme les regarda d'un air perplexe et chercha dans leurs yeux une lueur admirative et le souvenir d'une intense satisfaction - sans succès. Les rangeant automatiquement sur la longue liste de ses futures et certaines conquêtes, il décida de pousser plus avant l'investigation afin de pouvoir affiner son tri par mensuration. "C'est encore la manière la plus simple de savoir laquelle y passera en premier" pensa-t-il en glissant un rapide regard vers le décolleté de l'une des deux jeunes filles.
- 90B, troisième groupe - bien après les 85C qui constituait son cœur de cible.
Quant à la seconde candidate, il ne revint pas sur son cas : même avec un wonderbra triplement renforcé, elle atteignait péniblement les 85A. Il fit de grands signes dans la direction d'une obscure connaissance qui cuvait près de la fenêtre grande ouverte afin de trouver une échappatoire. Il s'extirpa à grande peine de l'amas de bras et de jambes et pris la fuite en direction de cette fenêtre.
- Salut euh... mon pote.
- Salut Anselme ! Ça fait plaiz de te voir, surtout qu'on avait un rdv Access cette aprèm...
- Ouais, je sais, mais j'avais mieux à faire lâcha-t-il avec une moue désinvolte qui en disait encore plus long sur l'estime qu'il portait à l'encontre de son pigeon du moment.
Ce disant, il préféra aux joies de cette rencontre l'abandon dans la contemplation de la vue qui s'offrait à lui, majestueuse ouverture sur l'océan de galets qui se profilait sur les seize mètres carrés du jardinet attenant.
Tiens le BDE a installé une piscine gonflable.
Et cette anodine remarque, sans qu'il eut su pourquoi, fit émerger en lui une indicible vague de sérénité. Au dedans, la soirée battait son plein. Anselme prit une grande inspiration. Il ne vit pas Pierre-Alban entrer avec Yasmine, il n'entendit même pas Georges lui crier de les retrouver au bar. Il savait ce qu'il allait faire, c'était sa destinée. Tout ce qui avait été sa vie menait à ce pas décisif. Et qu'importe s'il en fallait en fait plusieurs pour tituber jusqu'à la piscine! Attiré par le miroitement de l'eau comme une mouche par un pot de miel, il s'agenouilla face au mini-bassin, se rapprocha de plus en plus jusqu'à ce que son nez aquilin frôle la surface de l'eau. Une violente odeur de javel lui monta à la tête. Dans l'eau rien ne se reflétait si ce n'est l'immense clarté des étoiles.
- Pouah, c'est pas ici que je risque de lire mon avenir !
Mais l'eau se troubla bientôt et un flot de couleurs criardes ternirent l'ensemble du bassin dans une ronde qui semblait n'avoir d'autre but que de l'entraîner, tel Narcisse, dans des profondeurs inquiétantes d'où il ne reparaitrait jamais. Et c'est ce qui se passa. Par un jeudi soir commençant à peine, à 23 heures 17, vent de force 4, 18 degrés, pression atmosphérique normale, ciel dégagé, Anselme Pudding se fit aspirer par une piscine gonflable.
18/07/2007
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Un détail... si la galaxie très très lointaine et si lointain que cela, votre photon de départ parcourt une distance qu'il est probablement inutile de mesurer en milliers de kilomètres. A supposer qu'il provienne d'une galaxie pas si lointaine, mais de la plus proche de Cergy, il lui faudrait 2,9 millions d'années pour arriver... soit une sacrée ellipse dans votre texte, quand même.
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à la ligne 35, j'ai failli rire...
19/07/2007 18:05:00 -