L'incontournable et unique association littéraire de l'ESSEC vous livre un deuxième épisode haut en couleur de son feuilleton de l'été. Il a du drame, du suspens, beaucoup d'eau, une imprimante en cavale... Bonne lecture !
A l'intérieur : de l'eau. Vous me direz, c'est bien normal pour une piscine gonflable. Mais quand ça fait une demi-heure que notre héros se noie sous l'œil amusé de ses auteurs, c'est que la piscine est très certainement truquée. Et...vous n'aurez pas vraiment tort. Sadiques, nous? Allez, c'est bien assez pour ce coup-ci, un peu plus et on risquerait de le tuer! Parce que, figurez-vous que le temps qu'on discute un peu, oui, vous là; le temps que je vous cause, il a déjà bu trois fois la tasse et croisé au moins cinq fois l'équipe de Sliders...Comment-ça vous connaissez pas Sliders? Ah, là là.
De gros tourbillons l'entrainaient vers le fond, toujours plus loin, avec toujours plus de force. Lui, qui se vantait d'être dans l'équipe de natation lors de son échange à Atlanta, il n'arrivait plus à faire surface. Dans un ultime effort de brasse, il chassa le poulpe qui tentait de le chatouiller quand, soudain, il se retrouva sur un gros fauteuil moelleux et bien au sec. Il écarquilla les yeux, tourna la tête à gauche, puis à droite pour se sortir l'eau des oreilles mais rien! Pas d'eau, pas de piscine. Devant lui, une belle jeune femme rousse aux yeux clairs qui semblait aboyer des choses incompréhensibles:
- Combien de fois va-t-il falloir que je te le répète ? Le logo, c'est en haut à gauche ! C'est quand même pas possible ! Tu laisses 3,45 centimètres à partir du haut de la page et 5,05 à gauche. Il faut qu'il respire ton logo! T'as déjà lu la charte graphique? Tout est dessus. C'est insensé, on est dans un service « com » ici, la « com » c'est l'image et l'image c'est l'entreprise! T'as imprimé le tableau récap? Qu'est-ce que t'attends, vas me le chercher!
Je comprends rien. Vraiment rien. Mais pitié qu'elle arrête de me crier dans les oreilles avec sa voix perçante c'est horrible !
Et pour la première fois de sa vie, Anselme Pudding se leva, sans rien comprendre de ce qui lui arrivait, ne chercha même pas à évaluer les mensurations de son interlocutrice, et prit la direction de la « Salle Aux Imprimantes » avec la vague impression qu'il ne saurait vraiment pas où la trouver.
L'immeuble dans lequel il se trouvait avait apparemment été conçu par l'héritier spirituel de Dédale et il n'avait pas hésité à tout mettre en œuvre pour que quiconque s'aventurant dans les locaux ne puisse plus jamais retrouver son chemin. La cohue dense qui campait dans les couloirs ne facilitait en rien la tâche d'Anselme. Slalomant entre les squatteurs, il se fraya un passage et tenta de déterminer où pouvait se trouver une salle d'impression. En fait n'importe quelle salle où il pouvait entrer ferait l'affaire du moment qu'il y avait une imprimante. Un regard par-dessus son épaule lui appris que le molosse roux le suivait en hurlant quelque chose. A la réflexion n'importe quelle salle ferait l'affaire.
Il s'engouffra dans une pièce ouverte sur sa droite en bousculant au passage un petit homme ventru et bas sur pattes. Non, c'était un placard à balais. Et le petit homme, surpris de l'intérêt malsain manifesté par Anselme, insistait lourdement pour qu'il veuille bien en sortir afin qu'il puisse accéder aux produits de nettoyage. Ses arguments furent couverts par une voix stridente :
- Anselme! Qu'est-ce que tu fabriques à faire du tourisme dans le placard à balai? En plus tu es parti dans la direction opposée à la Salle des Imprimantes! Je ne t'ai donc rien appris au cours de la demi-heure de formation que je t'ai consacrée à ton arrivée ici?
- Et bien...
- Bien sûr que c'était amplement suffisant! Je suis certaine que ça a été la demi-heure la plus intense de ta vie!
Anselme se demanda jusqu'à quel point la furie le prenait pour une truffe. Elle devait penser avoir embauché un vrai champion en la matière.
- Avec les stagiaires c'est toujours pareil ! Ils arrivent avec un cv monstrueux et au final ils sont incapables d'accoucher d'un misérable logo ou d'une simple présentation Excel !
Ah... Anselme révisa son analyse : sa chef nourrissait simplement une haine viscérale envers tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un stagiaire. Sa chef ??? Cette fois-ci, c'est avec des yeux de mérou qu'il regarda son interlocutrice hurler et s'agiter comme un pantin désarticulé au milieu du couloir. Il avait fait le voyage à travers une piscine gonflable pour se retrouver stagiaire avec une folle furieuse. Mais, le plus étrange était que son esprit semblait s'accoutumer bien vite à cette idée. Bien trop pour les circonstances...un vague brouillard s'insinuait lentement et, à bien y réfléchir, il lui paraissait presque logique de se retrouver avec cette rousse hystérique...
- Anselme ? A.N.S.E.L.M.E !!!! Tu m'écoutes? Les imprimantes c'est au fond à gauche et j'attends ton rapport d'envoi sur les invitations pour notre « Grand'openning » de la rue Fouchet dans une heure!
Sur ce, elle disparu pour de bon. Il ne restait plus à notre héros qu'à surnager vers l'obscure Salle Aux Imprimantes. Résigné, l'air abattu mais le nez en l'air la recherche d'une explication écrite par miracle au plafond, il repéra le petit panneau vert luminescent au-dessus d'une porte d'un blanc immaculé. Il avait trouvé l'issu de secours! Il ralentit son pas et mit tous ses sens en alerte. Ses chaussures vernies ne faisaient plus aucun bruit sur le sol bleu en résine et il se glissa, lentement, très lentement, vers la sortie. La main sur la poignée de la porte, Anselme récita une petite prière que sa mère lui avait apprise par cœur, juste au cas où l'issu soit fermée à clé. Il abaissa sa main et la poignée fit de même avec un léger grincement. Il poussa doucement la porte et s'apprêta à faire un pas au dehors quand son cœur fit un bon énorme dans sa poitrine. Au dehors : rien. Le vide. Le noir vaguement éclairé d'une lumière opalescente. Le bas de l'immeuble disparaissant dans d'infinis abymes. Anselme referma la porte et fut pris de vertiges. Tout semblait tourner autour de lui, si bien qu'il s'appuya sur le mur pour rester droit.
Impossible, c'est impossible, j'ai rêvé.
Alors, pour bien s'en assurer, il rouvrit précautionneusement la porte et contempla, atterré, le spectacle du néant qui s'offrait à sa vue.
Bon sang qu'est ce que j'ai bien pu fumer ce matin ?
Un flash, il se souvenait du soutien-gorge bleu, des coussins et des magazines savamment jetés n'importe où par terre pour assurer une décoration moderne et féminine à l'appartement qu'il avait déserté. Et peu importe s'il ne savait pas qui était cette fille. En cet instant précis, sans vraiment savoir pourquoi, il se prit à rêver de la nuit qu'il avait passée avec elle, et qui avait dû être si...intense. Mais pourquoi lui ? Qui pouvait autant lui en vouloir à part la manager rousse ? Lui qui jusqu'à maintenant avait réussi à mener son petit train de vie pénard sans se faire davantage d'ennemis que nécessaire... Il avait réussi à se mettre à dos pire que la CIA, la mafia et le fisc réunis.
Je suis dans de beaux draps. Bon je fais quoi, je tente de me jeter dans le vide où je retourne affronter le dragon détraqué ? Il doit bien avoir une issue à ce cauchemar !
Anselme avait de nombreux défauts mais celui de ne pas savoir que tomber de 20 étages, et bien ça fait mal, ne faisait pas partie du lot. Il referma la porte, adressa une prière mentale au dieu des ivrognes et des maris infidèles : au cas où il se sentirait de lui donner un coup de main, c'était le moment. Puis se lança dans les couloirs comme on se jette dans une mêlée de rugbymen en rut.
Les invitations... Qu'est-ce qu'elle m'a dit déjà ? Les invitations « Grande Vitrine », ça doit être ça... l'imprimante, si je fais ça, on me renverra peut-être chez moi...
Anselme préférait se raccrocher à cette idée plutôt que de devoir sauter d'un immeuble suspendu dans le vide. Il remonta le courant des rugbymen en costards qui bloquait le passage, tourna à droite, puis encore une fois à droite, remarqua un moustachu qui sortait d'une salle, absorbé dans la lecture du papier qu'il tenait fermement dans sa main et décida que les imprimantes ne devaient pas être trop loin. Il s'engouffra alors dans la pièce et ramassa un monceau de papiers qui ressemblaient plus ou moins à un « Tableau Récap' ». Sauf qu'il y en avait 15 pages de « Récap ». Il poussa un soupir de résignation et reprit le chemin du bureau de la cinglée de service. Il rassembla tout son courage, lequel n'y était pour rien dans les cinq kilos qu'il avait pris à son entrée à l'Essec, et se décida à apporter à sa nouvelle chef son butin. Celle-ci, confortablement installée à son poste de travail, se repoudrait gentiment le nez - qu'elle avait fort joli - puis le décolleté puis... décocha à Anselme un regard noir et le rappela fraîchement à ses invitations.
25/07/2007
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vraiment c'est ...comment dire...1/drôle.
26/07/2007 18:13:00 -