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Quête Dans Une Piscine

Episode 3

Episode 3

Dans les épisodes précédent de « Quête dans une piscine » : Anselme, le héros people qui ne pense qu’à sa collection de choppes en 85C s’est fait absorber par une piscine gonflable lors d’une Foy’s bien arrosée. Il se retrouve en stage avec une rouquine aussi tyrannique que ravissante à devoir s’acquitter d’impressions et autres travaux de secrétariat. Sans compter que, à sa grande surprise, l’immeuble où il est tombé n’a d’autre issue que le néant. Alors, cauchemar ou monde parallèle ? Notre héros trouvera-t-il qui est derrière tout ça ?


 

Et c'est ainsi que, le regard vide et la mèche incertaine, Anselme se lança dans la fascinante tache d'harmoniser les champs Excel afin que les adresses mails des invités coïncident avec les noms. Les lignes dansaient maintenant devant ses paupières fatiguées et sa tête lui jouait des tours. Et lui qui trouvait ça facile! Devant lui, le décolleté indécent et les lèvres charmantes, son bourreau d'1,65 mètre l'observait, un mascara à la main. Après une deux heures de ce travail fastidieux, il avait enfin mis les bonnes personnes devant les bonnes adresses mails. Ou plutôt les bons mails devant les bons noms. Bref, il était épuisé mais il lui fallait encore vérifier la mise en page de ses invitations. Il ouvrit le fichier facilement identifié par "Invitations lèche-vitrine" et se trouva nez à écran avec une invitation couleur papier recyclé traversé d'un épais trais rouge qui se voulait ruban de papier-cadeau. Au beau milieu trônait en orange police Illisible 8 le champ "nom de l'invité" et au bas les modalités d'inscriptions et de participation. Enfin, c'était plus ou moins ce qu'Anselme imaginait puisque le tout était vraisemblablement écrit en provençal. Avec un soupir résigné, Anselme se prit à penser que ce n'était pas le plus bizarre de l'affaire.

 

Un coup d'œil à sa chef qui se concentrait sur sa partie de démineur, puis il s'attela à la tâche ardue de faire le point sur sa situation : il était coincé dans ce cauchemars parallèle et ce pour un temps indéfini qui pouvait très bien se prolonger à perpétuité et aucune issue de sortie en vue. Une chose était certaine : si jamais il parvenait à se sortir de guêpier il se vengeait du coupable dans une mare de sang et il s'avalait une gigantesque pizza royale. Pas nécessairement dans cet ordre : la vengeance est un plat qui se mange froid tandis qu'une pizza c'est meilleur chaud. Le plan selon lequel il serait propulsé de retour dans sa réalité après avoir accompli sa mission _ ramener le Tableau Récap, avait lamentablement échoué. Il n'y avait pourtant en apparence aucune faille.

Il va falloir la jouer finement, se dit Anselme, oh mon dieu je suis foutu.

- Anselme ? Anselme !!! Tu en es où ? 

 La voix haut perchée de sa chef le sortit brutalement de sa rêverie.

- Ça avance les invitations ? 

A dire vrai, avec toute cette histoire, il en avait oublié ce qu'on lui avait demandé de faire. Ses pensées étaient toutes entières à son étrange voyage et, il ne savait pourquoi, à chaque fois qu'il repensait au tourbillon qui l'avait amené là, les poils de sa peau se dressaient comme pour signifier leur mécontentement d'avoir ainsi été douchés. C'est donc avec une toute petite voix qu'Anselme répondit :

- Oui, oui, j'ai juste à les envoyer je suppose ? Les invités vont être ravis ! 

Puis, il ajouta avec une lueur d'espoir si intense que ses yeux ressemblaient maintenant à ceux du poisson clown ayant trouvé fleur de corail à son goût :

 

- Le temps passe si vite avec ce projet, je ne me souviens même plus quand je suis arrivé, il me semble que c'était hier.

- Quant à moi, j'ai plutôt l'impression que ces trois mois ont duré une éternité. Tu m'envoies ses invits et tu me mets en copie. Tu signes de mon nom, c'est bientôt l'époque des entretiens annuels. Et tu te dé-pê-ches!

 

Ok, j'ai compris. J'envoie, j'envoie. Mais qui peut lire en provençal ? C'est peut-être du vieux niçois après tout. Quels forains !

 

Tout à son publipostage, Anselme ne cessait de se demander qui était le stagiaire que la rouquine avait eu pendant ces trois mois, puisqu'il avait passé tout ce temps à écluser le Foy's et le stock de premières années fraîches et pimpantes. Il prit bien soin de choisir la bonne police (« Celle de la charte graphique, chapitre Communication Externe paragraphe 8 invitations journalistes » lui avait-on répété un pinceau de blush à la main), mis l'invitation en image dans le corps du mail, chargea la nouvelle liste d'invités (11 642 - changée trois fois depuis deux heures), insérât le formulaire d'inscription en pièce jointe, vérifia la pièce jointe, souffla, se recoiffa et croisa les doigts. Sa main moite glissa sur la souris verte, le pointeur s'approchant toujours davantage de la commande «send » de sa boite mail. Puis, dans un instant qui lui sembla des heures, il cliqua sur le mulot qui lui répondit aussitôt dans une langue sèche et ponctuée de signes cabalistique que son message avait été envoyé à tout ses destinataires.  

 

Ouf, toujours ça de fait. A moi de me débrouiller pour faire un tour et voir ce que je peux glaner comme information. Si au moins je savais le nom de la boite, de la ville...

 

- Voilà c'est envoyé.

- Eh bien maintenant, tu m'imprimes le rapport et tu vas me chercher un café!

- J'y vais, tout de suite.

 

Enfin ! Il pouvait enfin sortir de ce bureau confiné et exigu qui lui donnait la nausée. Anselme sortit gaiement, du moins autant que l'on puisse l'être dans pareille aventure et prit la direction de la Salle Aux Imprimantes. Cette fois, il vit venir de loin le troupeau de rugbymen écumant de sueur et se colla instinctivement contre les parois aseptisées pour les laisser passer sans dommage. Après cet effort de réflexion, il lui restait juste assez de sagesse pour éviter également les issues de secours, à peine remis de sa crise de vertiges. Non, là, juste l'imprimante pour la folle et le café pour glaner quelques infos. Il doit bien y avoir quelqu'un qui sait ce qui se passe ici !

Droite gauche, deuxième gauche puis droite encore, il ramassa avec aisance son rapport imprimé et se dirigea sans hésiter vers le panneau qui lui indiquait la Machine A Café. Au bout de quelques détours, il trouva l'entrée d'une petite salle de repos aux murs tapissés de gris. Deux personnes, ou plutôt une magnifique jeune fille blonde, 85C et un jeune homme brun semblaient absorbés dans une discussion d'ordre philosophique

.

- Et l'autre jour, il ne m'a même pas dit bonjour! Tu te rends compte?

- Ouais, c'est cette histoire d'inauguration. Si tu veux mon avis - lui répondit la jeune fille - ça lui passera dès que ce sera terminé.

- Bonjour. Belle après-midi, hein? tenta Anselme, à demi convaincu par son approche.

- Oh, salut le stagiaire! lui fit le jeune homme avec un clin d'œil amical. Un café?

 

Quand à la jeune fille, il lui semblait qu'elle s'était imperceptiblement cambrée afin de faire valoir ses atouts.

 

Voilà qui n'est pas trop mal commencé. Voyons voir ce qu'ils peuvent me raconter d'utile.

 

Mais Anselme ne devait trop se réjouir. A peine avait-il fait quelques pas en direction de la machine à café qu'il entendit mugir du côté du couloir. Il jeta un œil à ses deux collègues qui ne semblaient pas en savoir plus que lui sur l'origine du bruit quand, bientôt, sa chef rouquine apparut au beau milieu de la pièce, hurlant et vociférant, un homme grand et d'allure sévère sur ses pas. Dans sa hâte, son rouge à lèvres avait débordé et elle arborait maintenant un grand trait rouge le long de sa joue qui lui donnait un petit air sauvage. Elle criait, sa voix montant dans les aigus :

 

- Le voilà! Enfin nous le tenons, Philippe. Il a bien failli nous échapper mais justice va pouvoir être rendue.

 

Le dénommé Philippe le scrutait avec l'expression d'un loup avant la curée et toute idée de justice ou d'équité était de manière évidente à 1000 lieux de ses préoccupations.

 

- Ne vous faites pas de souci Geneviève, j'ai ici la convention de ce petit merdeux.

Geneviève se planta en face d'Anselme, essayant de l'estropier avec ses talons hauts et lui cracha au visage :

- Comment as-tu pu faire une erreur aussi monumentale! Je te demande d'envoyer une invitation à une simple liste de contacts accompagnée d'une simple pièce jointe et tu as trouvé le moyen d'envoyer une de mes invitations à usage personnelles...

- A ce propos Geneviève, c'est amusant, j'ignorais que vous organisiez des journées de lèche-vitrine avec vos amies, intervient avec à propos le dénommé Philippe.

Anselme assista à la métamorphose la plus subite et intégrale à laquelle il avait jamais assisté. Geneviève sourit douloureusement avec le maximum de douceur qu'elle arrivait à rassembler et répondit obséquieusement :

- Bien sûr M. le directeur général, c'est devenu très à la mode en ce moment, c'est le meilleur moyen pour se tenir au courant des dernières nouveautés. Si ce sinistre individu s'était abstenu d'en faire profiter la moitié de la planète et la totalité de nos contacts, ce passe-temps n'aurait jamais prêté à mal. Courage Philippe, c'est dur mais il faut le faire, ça lui apprendra à vérifier son travail avant de commettre l'irréparable et à prendre conscience de la valeur de l'humilité et du respect de ses supérieurs hiérarchiques directs...

La furie rousse aurait bien continué sa tirade encore quelques heures mais il n'en fallait pas plus au DG. Il se tourna vers Anselme, son visage illuminé d'un grand sourire satisfait et sadique.

- Je suis sincèrement navré mon garçon, mais notre entreprise n'a plus besoin de vous. Nous vous regretterons mais il est nécessaire pour vous comme pour nous de mettre fin à notre partenariat.

Tout en disant cela, il déchira voluptueusement la convention de stage. Anselme étouffa un cri d'horreur.

D'horreur non pas parce qu'il tenait à ce bout de papier qui officialisait un stage dont il ignorait l'existence quelques heures auparavant mais parce qu'à mesure que le papier se déchirait, une fissure s'ouvrait dans l'espace spatio-temporel et il se fit aspirer dans un vortex aqueux.

 

Rhaaa, plus qu'à espérer que je rentre chez moi, grogna mentalement Anselme entre deux litres d'eau avalés. Il manquerait plus que je surnage pour le reste de mes jours dans de l'eau javellisée ou pire... que je retombe sur un autre stage zarbi.


07/08/2007


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Commentaires

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et merde...j'ai cru que vous aviez abandonné.

07/08/2007 10:11:00 - L'Impertinent

et merde... j'ai cru que les commentateurs imbéciles auraient (enfin) abandonnés.

07/08/2007 19:45:00 - Moi

Vous nous lisez, nous vous lisons, ils nous lisent... C'est beau l'amour! Maintenant vous voudrez bien m'expliquer pourquoi vous continuez de lire un truc que vous trouvez rave? Ou, si vous ne le parcourez pas en entier, pourquoi vous vous donnez la peine de cliquer sur nos pages? C'est pas le même style, ça n'a pas la prétention d'être de la grande littérature, mais au moins ça a le mérite d'exister. Alors, bonne lecture à ceux qui lisent les feuilletons de l'été ! A bon entendeur...

08/08/2007 08:04:00 - Ta Choppe

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