Anselme est de retour à l’Essec, après un voyage pas vraiment de tout repos et un renvoi plutôt bruyant de son stage dans l’autre monde. Mais son absence a duré bien plus longtemps qu’il n’y parait et notre héros est bien loin de vouloir retenter l’expérience. Peut-il se fier à Georges ? A lui maintenant de tenter de démêler cette intrigue sans trop attirer l’attention et d’ouvrir l’œil.
Anselme se déshabilla sans y penser et se glissa sous sa douche. Il sentit l'eau chaude glisser sur sa peau, propre, et merveilleusement disciplinée par la pomme de douche bien réglée. Il chassa loin de son esprit les tourbillons qu'il avait eu à affronter par deux fois ; il aurait tout le loisir d'y penser plus tard. Il prit ses vêtements et commença à s'admirer dans la glace tout en s'habillant. Un T-shirt jaune et un jean, pour une Foy's, ce serait très bien. Non, à la réflexion, mieux valait le rouge et noir, ça lui donnait le petit air mutin qu'il affectionnait tout particulièrement. A cette pensée, quelque chose se contracta dans son estomac et, prit de nausées au souvenir des récents événements, il soupira et laissa tomber son image travaillée de beau gosse. Tant qu'il n'y avait pas d'autre piscine, après tout, il serait aussi sexy en jaune...
Il ne mit que très peu de temps à s'habiller finalement, si bien qu'il fut prêt bien avant l'heure de se mettre en route pour son rendez-vous. Il se mit a tourner dans son appartement, espérant vainement que l'un de ses colocataires viennent lui faire perdre un peu de temps en lui racontant ses exploits de la vieille. Il regarda d'un oeil morne les assiettes entassées dans l'évier, un peu de ménage l'occuperait bien quelques temps. Avec un regain d orgueil, Anselme se ressaisit : le ménage, c'est bon pour les filles, son père le lui a toujours dit. Son père... si seulement il pouvait l aider, lui saurait quoi faire...Avec un frisson, il réalisa pour la première fois qu il avait besoin d aide, d amis sur lesquels compter. Il ne lui fallait pas seulement des gens pour l'écouter ou rire a ses blagues ¬ si possible au bon moment ¬ mais quelqu'un pour le guider le comprendre. Il y avait Georges, bien sur, mais il n'y avait bien que lui, et encore s il ne s'était pas paye sa tête avec son histoire abracadabrantesque...Le regard vide tourne vers le plafond, allonge sur le lit qu il avait finit par rejoindre en désespoir de cause, Anselme remontait lentement le fil de ses souvenirs pour tenter de trouver un véritable ami a qui se confier. Quand il fut l'heure de se mettre en route pour l'Essec, il n en avait toujours pas trouve d autres que Georges. Peut être était-ce qu il se laisser trop perturber par le parfum d une nuit dont il n avait plus de souvenir et d une mèche de cheveux envoûtante qui revenait le hanter. Mais où avait il pu croiser une rousse? Tout a cette question qui n'avait décidemment rien a voir avec son souci premier, il parcoura indifférent le joli petit chemin qui le menait de Cergy Port au campus, ne s'attarda même pas au passage pour saluer l'arrivée des beaux jours et des massifs en fleurs.
Alors qu'il s'approchait du campus, il remarqua près de l'entrée un groupe d'étudiants aux aguets. Non pas que les rassemblements étaient chose rare à l'Essec mais d'ordinaire, les jeunes qui se retrouvaient en groupe hurlaient très fort en mimant un combat à mort dans des polos aux couleurs criardes. Ceux-ci avaient une attitude amorphe, apparemment ne fumaient rien de prohibé et le regardaient s'approcher passivement.
- C'est toi Anselme? s'enquit l'escogriffe en chemise à carreaux en faisant quelques pas dans sa direction.
Sans doute quelqu'un à qui je dois de l'argent. Pourtant les yeux bleu clair et l'expression désabusée de l'étudiant en face de lui n'éveillaient en lui aucun écho. Et qui sait, c'était peut être un admirateur secret. Jouant le tout pour le tout, Anselme lâcha :
- Soi-même.
- Très bien, George nous a parlé un peu de ton cas. Crois le ou non, mais on a sans doute pas mal de choses en commun.
Anselme inspecta, incrédule, la chemise à carreaux mal repassée du garçon (en supposant qu'elle ait un jour connue le fer à repasser) et son jeans déformé et laissa échapper un ricanement condescendant.
- Non, j'en doute fort. Mais qu'est-ce que George a cru bon de te communiquer sur mon compte?
- On s'assoit un peu? Il m'a parlé d'une histoire de piscine, mais si ça t'intéresse pas...
- Ah, ben, heu, OK. Je...je vais chercher des bières alors?
- Fais-nous plaiz'! lui rétorqua l'autre avant de s'affaler sur les poufs du Foy's.
Accoudé au comptoir, Anselme n'avait plus trop fière allure. Il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter de regarder les deux weirdos qui l'avaient accosté - encore une idée de Georges, ça ! - commander ses bières, sourire à la serveuse, dire merci bonjour au revoir dans le bon ordre et surtout, surtout, ne pas penser à l'énormité de la situation. Quand il eut finalement réussit à s'asseoir sans avoir vidé le contenu des verres sur le sols déjà bien attaqué, il se donna bonne contenance, prit une grande inspiration et commença :
- Bon, vous êtes qui les gars?
- Moi c'est Dave - lui répondit «chemise à carreaux» avant de pointer son acolyte - et lui c'est Kenneth Richard mais il préfère qu'on l'appelle KR. Bon, on va faire rapide, je vais résumer et tu vas me dire si j'suis dans le vrai d'accord?
- Et pourquoi vous m'aideriez comme ça?
C'est pas que, mais ces deux asticots super sûrs d'eux avec des prénoms de série TV ne lui disaient vraiment rien qui vaille... Il préférait se tenir sur la défensive. C'est KR qui lui répondit, d'une voix qui charriait tant de glaçon qu'il aurait pu à lui tout seul tenir les futs du Foy's au frais pendant une soirée de campagne.
- Parce que t'as pas le choix, mon gars. Le compteur tourne, tic tac tic tac ajouta-t-il en tapotant sur le rebord de son verre. Dans peu de temps, tu vas repartir pour un autre voyage. Et quand tu reviendras, si tu reviens, qui sait combien de temps se sera écoulé?
Sur ce, il lui décocha un sourire dément et s'enfila une pleine rasade. Il s'étala plus confortablement dans son fauteuil et repris d'une voix blasé de vétéran de la guerre du Kippour :
- Pour ma part, j'ai fait 3 expéditions, la dernière a bien failli avoir ma peau, c'était un stage dans un cirque, le funnambule voulait avoir ma peau et il était encore capable de dégommer un homme à 50 mètres de distance avec son balancier. Le truc si tu veux tenir c'est de ne jamais les lâcher des yeux, quand les maîtres de stage sentent que tu as peur, tu es fini. Pour moi, il s'agissait d'un des lavabos de l'Essec et pour Dave, la porte vers l'Autre Monde était...
Dave s'éclaircit bruyamment la gorge et intervint séchement :
- Trêve de préliminaires KR, abrège.
- Brm, oui. Dis-moi Anselme, tu n'aurais pas courroucé quelqu'un ou quelqu'une avant ton petit voyage en enfer?
Alors dans un flash, Anselme revît tous ce qui avait précédé la fatale soirée Foy´s, le soutient-gorge, le round avec l'occupante de la chambre, la fuite et depuis un amoncellement innomable d'ennuis.
- La garce ! s'exclama-t-il.
- Il a compris, résuma KR à l'intention de Dave qui ruminait au dessus de sa bière.
27/08/2007
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