De l'édition traditionnelle à l'édition à compte d'auteur en passant par l'édition sur Internet... Un essai et une enquête sur les différents moyens de se faire publier.
Toi, qui es suffisamment intéressé par la lecture et l'écriture pour feuilleter les pages de ce Bateau Livre et t'arrêter sur cet article, n'as-tu jamais essayé de griffonner quelques mots sur une feuille de papier ? N'as-tu jamais rêvé devant ces compatriotes d'infortune qui, après une scolarité tumultueuse à l'ESSEC et quelques années d'errance en entreprise, ont tout lâché pour écrire, et tentent aujourd'hui avec plus ou moins de succès de vivre de leur plume ? Si tel est le cas, cette petite enquête va t'intéresser. Et si jamais tu n'as pas l'âme d'un écrivain, peu importe, tu apprécieras peut-être de lire ces lignes par curiosité, ou pour ta culture générale.
Le développement des nouvelles technologies, tu connais déjà bien ça, pas besoin de remettre une couche là-dessus, je ne t'apprendrai rien. Car le Web n'a plus de secret pour toi. Depuis quelques mois/années, tu écris régulièrement sur ton blog, qui te permet de défouler ta plume sur un espace public qui, tu l'espères, va être lu. En tout cas plus que ton journal intime que tu caches depuis l'âge de douze ans, au départ au fond de ton placard au milieu de tes chaussettes, et plus récemment au fin fond de ton ordinateur dans un fichier protégé par deux mots de passe (oui c'est possible, un pour la lecture, un pour l'écriture).
Tu testes même quelques extraits de tes romans, poèmes, nouvelles, lettres, chats MSN, anonymement ou non, sur Myspace, ou autres. Peut-être même as-tu déjà participé à des concours de nouvelles, QLTO ou pas. Malgré les bonnes critiques de tes amis ou des gentils inconnus du Net, peut-être à cause de certains rejets, tu n'as pas encore franchi le pas pour te décider à spammer les éditeurs traditionnels de tes manuscrits fabuleux. Tu penses que tu n'auras aucune réponse ? Tu n'as pas forcément tort.
Selon Albin Michel : « Nous recevons huit mille à dix mille manuscrits par an et nous n'en publions que deux en moyenne. Certaines années pas du tout ». Oui mais c'est Albin Michel, me diras-tu. Chez un petit éditeur, les chances sont moins infimes d'être repéré. Évidemment, tu auras encore plus de chance d'attirer l'attention si tu écris un ouvrage spécialisé (conte jeunesse, thèse de doctorat, nouvelle érotique…) plutôt qu'un roman grand public (malheureusement, tout le monde écrit des romans…), et si tu cibles bien l'éditeur à qui tu l'expédies. Quoi qu'il en soit, chez les grands éditeurs français, le taux de rejet des auteurs inconnus semble supérieur à 70%...
En plus de cela, si jamais tu avais la chance inouïe de signer un contrat, ne te réjouis pas trop vite. Cela ne signifie pas que tu vas vendre des livres. Tiré à un nombre d'exemplaires allant de quelques centaines d'exemplaires pour un obscur recueil de poésie à 1,8 millions pour Harry Potter, un ouvrage ne bénéficie pas toujours d'un réseau de distribution suffisant. Les libraires sont libres de mettre ou non un livre en rayon. Si ton livre a cette chance, il n'y restera de toute façon pas plus de deux mois, sauf si tu t'appelles Balzac, ou autre illustre personnage qui squatte les rayonnages depuis plus d'une centaine d'années. Et si tu n'as pas trouvé le succès en quelques semaines, c'est retour à l'envoyeur. Au final, 20% de la production part au pilon. Désespérant, non ?
Pour autant, as-tu intérêt à aller vers des éditeurs en ligne ? Tu as peut-être entendu parler de ces éditeurs numériques dont le taux d'acceptation des manuscrits est nettement supérieur à celui des éditeurs traditionnels. Qui plus est, ils impriment à la demande. C'est écolo, économique, développement durable et compagnie. Fais simplement attention à bien distinguer l'autoédition ou édition à compte d'auteur, de l'édition à compte d'éditeur. Avec l'autoédition, tu paieras un forfait pour qu'on publie ton livre (mise en page, relecture, correction…) puis tu paieras chaque exemplaire à l'unité. C'est une bonne solution si tu as décidé de vendre toi-même ton roman dans la rue, façon homme sandwich ou SDF, ou simplement d'offrir ton mémoire de chaire en version reliée à tes parents pour Noël pour leur montrer à quoi sert la pension alimentaire qu'ils te versent / le prêt qu'ils remboursent… Dans le cas de l'édition à compte d'éditeur, tu as (normalement) affaire à un véritable éditeur qui effectue une sélection des ouvrages. Si tu passes le test, ton livre sera mis en circulation dans un réseau de distribution (version papier ou en PDF, ça n'empêche pas que la distribution doit exister), sur la base d'un engagement contractuel à un nombre de tirages minimum, et l'éditeur s'engagera à réaliser un effort de communication et de marketing sur ton livre.
Mais attention aux charlatans ! Certains QLTistes sont passés par la case Manuscrit.com et pourront t'en dire long sur ce sujet. La frontière est fine sur le web entre édition et simple publication. Chez Manuscrit.com par exemple, tout est gratuit, comme chez un vrai éditeur. Tu ne prends pas trop de risque vu que ton manuscrit a de grande chance d'être accepté par l'équipe de stagiaires exploités et non rémunérés qui trime au comité de lecture, et qui laisse passer tout écrit pas trop bourrés de fautes d'orthographe et qui ne contient pas de propos injurieux, raciste, homophobes, etc. Ensuite, il sera référencé sur Amazon, Chapitre, Price Minister et autres librairies en ligne. Mais à toi de réaliser ta propre pub et de mettre à profit ce que tu as appris en cours de MKGM312053 pour convaincre les libraires de quartier et la FNAC de commander ton bouquin, pour organiser tes signatures à la médiathèque de Trifouillis les Oyes, voire même pour te réserver un stand au salon du livre... Bon courage !
Si tu n'as pas encore décidé de te pendre, il te reste toujours la solution de rejoindre la petite mais dynamique et chaleureuse famille de QLTO (cf. texte de San décrivant le QLTiste maudit…). Ici, on s'amuse bien, on se fiche des chiffres, et on refait le monde en rêvant qu'on est des auteurs célèbres (ou pas).
De toute façon, nous sommes tous des auteurs incompris…
Sources : - 150 questions sur l'édition (antisèche à l'usage des auteurs) par Marc Autret, publié chez L'Oie plate en 2005 - « Du manuscrit au pilon » – article d'Amélie Charnay, 01men, paru le 12/01/2007
31/10/2008
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