Edito du Bateau-Livre n°5
le 20/11/2003 - par Lotovsings Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Comme tout journal se doit d'avoir un éditorial, le Bateau-livre en a un et comme QLTO est une association créative, cet édito est une création signée Lotovsings sur l'écriture et sur la mer.
De nombreux auteurs ont été séduits par la mer. La mer et l'océan représentent l'idéal de l'écrivain: toujours belle et imprécise, sans cesse capricieuse, tantôt violente tantôt douce, la mer est l'une des seules sources d'inspiration qui ne tarit pas. Parfois femme à la chevelure écume, parfois réceptacle de monstres abominables, la mer a toujours eu une place privilégiée chez le créateur. La mer est un départ qui débute toujours. Nul n'en voit la fin... Osez la métaphore avec vos vacances à venir, vous sentirez sa puissance...
Rien de mieux que causer du petit Ernest pour aborder un tel sujet. Ernest Hemingway (1899-1961) est l'une des figures littéraires du XXème s. les plus atypiques. Américain, né dans les alentours de Chicago, il a une vie ponctuée de voyages, découvertes et désillusions. Hemingway est l'homme de tous les éléments: la terre, il l'a longuement côtoyée : tantôt chasseur en Afrique, tantôt correspondant de guerre dans les tranchées, puis en Espagne et de nouveau en Europe pour la seconde guerre. De même, c'est un homme assoiffé. L'eau, la boisson voilà sa véritable passion, sa véritable dépendance. Alcoolique de naissance, issue d'une famille suicidaire, d'un père passionné de chasse et de pêche, Hemingway a tout de suite du faire face à la nature. Ce qui en ressort, c'est un amour démesuré pour la mer et ses ressortissants. Ernest nous livre, dans Le vieil homme et la mer la fabuleuse quête de Santiago, un pêcheur désabusé et paradoxalement imbibé d'idéal, presque centenaire, et qui va durant 3 jours, chassé un gigantesque espadon ferré par sa ligne, mais tellement combatif qu'il emmène l'embarcation de Santiago au large de la Havane. Santiago reviendra, prouvera à ses pairs qu'il demeure un bon pêcheur mais ne ramènera que la carcasse de l'espadon, dévoré par les requins des cotes cubaines. La carcasse atteint tout de même les 6 m.
Hemingway n'a rien inventé me direz-vous, oui c'est vrai et d'autant plus que son histoire est issue d'une semi-légende havanaise. Mais, ce qui fait la force du bouquin, l'originalité de Santiago et la noblesse de la mer, c'est le style de l'écrivain et tous les parallèles possibles entre le pauvre Santiago meurtri et bien vieux et Hemingway, la cinquantaine passée, rongé par les daiquiris et mojitos de la Floridita (de La Havane), critiqué par le milieu littéraire et qui fait paraître, sortant de nul part, un chef d'oeuvre incontournable. L'amour de la mer est dépeint sobrement, dans un style dépouillé, qui n'explicite pas les émotions, mais se borne à les faire ressentir, car Santiago est attristant; il n'y a qu'à concevoir sa situation...
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