Les éditions José Corti, éloge de la lenteur et de l'intégrité
le 31/10/2008 - par Grymalkin Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Fondées 1938, les éditions José Corti fête cette année 70 ans d'aventure littéraire marqués par le rêve et l'ouverture, mais aussi par des traditions immuables et sans compromis.
L'histoire des éditions qui impriment « Rien de commun » sur leurs couvertures, se confond avec celle de son fondateur, José Corti (J. Corticchiato, 1895-1984). Cet homme irréductible, au tempérament « explosif et fougueux » commencera par éditer la plupart des auteurs surréalistes, ses amis : Breton, Éluard, Aragon, Char, Péret, Crevel, Dali...
Il passera à la postérité pour avoir été l'éditeur de Gaston Bachelard et de Julien Gracq, qui tout au long de sa vie n'aura pas d'autre éditeur. « Je n'ai jamais fait de livres pour de mauvaises raisons », expliquait Corti. Pendant la seconde guerre mondiale, il édite des textes clandestins de résistants. Son fils est arrêté et meurt en déportation. Après la guerre, il publiera beaucoup de textes poétiques, parmi les plus hardis, des recherches critiques d'universitaires novateurs (Georges Blin, Jean Rousset, Charles Mauron, Gilbert Durand) et rééditera des classiques méconnus du romantisme européen (Beckford, Blake, de Maistre, Walpole, Radcliffe).
Cette petite maison, à la fois inconnue et idolâtrée, est aujourd'hui située au 11 rue Médicis, face au jardin du Luxembourg. Le temps semble s'y être arrêté : ici on envoie toujours les livres non massicotés et on ne publie guère plus d'un nouvel auteur par an car « Le niveau moyen des manuscrits n'est pas si bon... », selon Fabienne Raphos qui guide les éditions avec son époux Bertrand Fillaudeau.
Ici la fidélité et l'intégrité sont 2 valeurs maîtresses : pas de retravail sur les manuscrits. Ici on accepte un texte ou on ne l'accepte pas car « l'auteur est seul responsable de son texte ». Pas de compromis non plus à la loi du marché : pas d'actionnaires, pas de possibilité de rachat. Ici « On préférera se saborder ou arrêter » plutôt que de se faire absorber. « C'est une question de principe. »
Source : « Interview de Fabienne Raphos et de Bertrand Fillaudeau » Le Matricule des Anges n° 94, Juin 2008
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