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Nouvelles d'Olivier

Je ne pouvais pas savoir


Je ne pouvais pas savoir!!!!!!!
Les petits sont accrochés à la fenêtre, un peu triste de nous voir partir. Leur mamie est venu s'occuper d'eux durant notre séjour mais c'est la première fois que nous partons vraiment alors, le manque s'installe déjà.
Les valises sont dans le taxi, départ pour l'aéroport, les vacances tant attendues s'approche de nous.
Un dernier coucou, Blandine à la larme à l'œil, et moi, je ne suis pas très loin non plus. Le taxi démarre et nous emmène à vive allure vers notre destination.
A l'arrière de la Mercedes, nos mains se sont rejointes et nos regards se croisent souvent. Sans paroles, nous dégustons ce moment rêvé depuis si longtemps et bientôt proche.
Il fait beau et nos sentiments sont doux. Nous allons pouvoir nous aimer rien qu' à deux loin de la routine et du quotidien. Cela fait 9 ans que l'on en rêve mais les enfants, la famille un peu loin, les prétextes accumulés et rien ne se fait.
Aujourd'hui, le pas est franchi et nous allons décoller pour un endroit paradisiaque, une île faite pour les amoureux.
Nous avons choisi le soleil, les cocotiers, le sable blanc, le dépaysement total. L'exotisme assuré et des images à ramener dans notre appareil photo.
L'aéroport nous ouvre ses portes, le bruit des avions, le monde grouillant et pressé, des valises partout, des sourires accrochés sur la plupart des visages. Un endroit insolite, excitant et nouveau pour nous. Nous nous noyons facilement dans cette ambiance magique et presque irréelle.
Sabine ne me lâche pas la main, elle est heureuse et moi aussi de lui permettre ce moment, enfin. Je suis pressé de la retrouver, de lui montrer combien je l'aime, combien je suis fier de ce qu'elle est, de nos enfants, de notre vie construite et belle.
Je la sens détendue, disponible mais parlant peu tout de même. Je respecte son silence et je prends les choses en mains. Ticket d'embarquement, quelques friandises pour le voyage, des journaux et une crème solaire oubliée dans nos bagages.
Nous sommes fin prêt à partir !!!!!!
L'avion est énorme, il m'impressionne mais finalement, nous acceptons de rentrer dans son antre imposant.
Assis, ceinturés, bien en place, le décollage est incroyable. Une sensation de plaisir intense, de montée en puissance, de plénitude extrême. Blandine me regarde en souriant tendrement, nous nous comprenons et apprécions cette sensation incroyable.
Ce que nous découvrons est vraiment féerique, les courbes de la terre se montrent, se dévoilent, se dessinent au fil des airs. Nous transperçons les nuages, chevalier du ciel.
Quel instant de bonheur partagé!!!!!!
Quelques heures plus tard, nous sommes sur le point d'arriver. Blandine a pratiquement dormi tout le voyage et j'ai enfin rattrapé le temps de lire un peu.
L'atterrissage se fait en douceur, et nous arrivons au pays des merveilles. L'odeur d'épice est déjà enivrante, la lumière est orangée et l'accueil est chaud.
De chaque côté de l'avion, une haie d'honneur nous est faite et de jolies tahitiennes chantent une musique locale très mélodieuse.
Blandine est ravi, le sourire est bien pendu et nos mains ne se lâchent plus pour mieux vivre cet instant magique.
Une jeep nous attend pour nous conduire à l'hôtel de notre choix. Nous avons opté pour un hôtel un peu reculé de l'île, une partie un peu déserte. Les bungalows ont les pieds sur la plage et le décor est paradisiaque. Tous les ingrédients sont là pour nous aimer intensément et amoureusement.
Nous ne sommes pas déçu du tout de ce lieu et nous nous sentons déjà chez nous.
Rapidement, nous déposons nos affaires, enfilons nos maillots de bains et nous allons nous tremper dans cette eau turquoise et transparente.
Blandine à l'air heureuse, amoureuse, elle m'enlace, je l'aime et je n'hésite pas à lui dire.
Elle me dit qu'elle aussi, qu'elle est comblée et nous sous embrassons. Je sens son parfum se déposer sur moi, je suis aux anges.
Allongés sur nos serviettes, le soleil nous regarde nous obligeant à nous couvrir de crème afin de ne pas être trop vite écrevisse. Le sable est blanc, fin, passant entre mes mains et fuyant à jamais.
Blandine est de plus en plus belle. Sa peau luit au soleil. Elle est même de plus en plus belle avec les années. Je me souviens de notre première rencontre, dans un lieu rempli de gens. Elle paraissait fragile, douce. Je suis tombé follement amoureux d'elle des ce 1er instant. Depuis ce temps, nous avons construit, grandit ensemble au fil de notre vie.
Notre soutien, notre partage, notre amour est sans failles, sans détours et notre vie n'a de sens qu'a travers nous et maintenant nos enfants.
Aujourd'hui notre but est le même, nous retrouver coupé du monde et du rythme effréné de la vie moderne.
Un moment suspendu hors du temps !!!!!!!
Après cette longue après midi à ne rien faire et à se prélasser, nous nous préparons pour dîner.
Blandine est dans la salle de bain encore humide et tiède. Elle est assise devant une coiffeuse coloniale et je m'approche doucement.
Je lui relève les cheveux et l'embrasse dans la nuque. Les frissons nous envahissent rapidement, nous nous enlaçons et le lit de la chambre nous appelle sans relâche.
Ce moment se veut langoureux, charnel, évanouissant, je m'en souviens encore. Nous nous donnons l'un à l'autre, recherchant le plaisir le plus intense et le plus partagé.
Etendus sur le lit, transpirant de bonheur, nous dégustons les rayons du soleil orangés entrant dans notre bungalow.
C'est alors que Blandine me demande :
- Simon, les enfants te manquent-ils ?
- Oui, mais je dois t'avouer que je suis terriblement bien ici. Et toi, tu y penses beaucoup ?
- Je n'arrête pas et c'est assez difficile de me détendre complètement.
- C'est normal, c'est une expérience nouvelle et il va peut être falloir un temps d'adaptation. Si tu veux, après le dîner, nous leur téléphonerons !!!!
- D'accord, répondit elle d'un ton attendrie et un peu triste.
Alors nous reprenons la ou nous nous étions, de beaux habits, du lin, embaumés à souhait.
Le repas est excellent. La nuit vient de tomber sur l'île mais ici, il ne fait pas vraiment nuit noire. La lumière reste éveillée juste pour nous.
Ensuite, nous nous délectons longuement sur la plage, et nos souvenirs reviennent à vive allure, revivant notre première rencontre, notre vie depuis tout ce temps et finalement un bilan agréable. Nous sommes bien !!!!!!
Blandine a pu parler aux petits et elle est rassurée. Elle ne les a pas trouvé du tout tristes et plutôt occupés avec leur mamie.
Le sommeil nous appelle et nous rentrons lentement nous couchés pour entrer dans des songes sûrement agréables.
Les jours suivants sont romantiques, des balades, des siestes à n'en plus finir à l'ombre des plages. Des repas délicieux, des images de rêve, des souvenirs à jamais.
Nous redécouvrons chacun de nous, jusqu'au moindre recoin de nos corps. Des moments de délices, sucrés, gravés pour toujours.

Le voyage, notre voyage sent la fin, il nous reste qu'une soirée, la dernière.
Nous nous sommes beaucoup parlés, reparlés, ressentis et retrouvés !!!!!!! des heures à se respecter, à s'éblouir, à s'aimer sans relâche.
Ce voyage à un goût de miel, un hommage à l'amour et il reste encore dans ma mémoire, LE moment de ma vie, un moment incroyable détaché de la vie.
Ce soir, Blandine est resplendissante, je la regarde longuement. Je suis ému comme rarement. Je crois l'avoir rendu au moins heureuse un peu ici en lui redonnant toute sa valeur. Je suis fier d'elle !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Le repas est prometteur, un plateau de fruits de mer, et un vin blanc frais pour arroser tout ça.
Blandine me regarde et me sourit. Je la sens troublée, est ce la départ ? est ce moi ? est ce pour ce moment magique ?
- Simon, il faut que je te dises quelque chose !!!!!
- Je t'écoute, ma douce. Si c'est pour me dire que tu as passé une semaine inoubliable, je l'ai senti et moi aussi.
- Non, bien sur que notre moment est à jamais gravé dans mon cœur. J'ai quelque chose à t'annoncer.
- Tu es enceinte, génial !!!
- Arrête de plaisanter, c'est déjà difficile comme ça.
Je revois encore son regard d'une tristesse infini, désespéré et je n'avais plus envie de rire.
- Simon, j'ai voulu ce voyage pour nous deux, pour mettre au fond de nous un souvenir intense et rien que pour nous deux.
- Ok, ok, Blandine, à tes yeux, je vois bien que tu ne joues plus, alors épargnes moi les frous frous. Vas y !!!!!
- Simon, je suis malade, gravement malade.
Un coup de poignard vient de me transpercer. Mes jambes tremblent. Impossible, pas ma femme.
- Quoi, quoi, Blandine, tu ne peux pas me dire ça, comme ça.
- Arrête Simon, c'est déjà suffisamment douloureux pour moi, je vais avoir besoin de toi, demain.
- Qu'est ce que tu me racontes, Depuis quand sais-tu que tu es malade ?
- Depuis deux mois.
- Et pourquoi ne m'en as-tu pas parlé ?
- Je ne sais pas, j'ai voulu te protéger et j'avais besoin de réfléchir.
- Tu as réfléchi et tu t'es dit, avant de mourir; j'offrirai bien un petit voyage à mon chéri pour lui annoncer que je suis malade, sympa.
- Je te stoppe de suite, tu ne vas pas me servir ta morale et ton égoïste de mec. Je n'ai pas su quoi faire, pas dire et je suis désolé pour tout ça. Ma maladie a pris un mauvais chemin et je ne pensais pas que cela finirait si mal. J'ai juste fait un examen au départ de routine et puis ils ont suspecté un cancer.
- Qu'as-tu alors ? Tu es sur du diagnostic, on va prendre d'autres avis, on va remuer les hôpitaux, je ne laisserai pas tombé, non.
- Arrête, c'est trop tard, le diagnostic est irrévocable.
- Non, je n'arrête pas, et alors, pourquoi tu me le dis si je ne peux rien faire.
- Simon, tu ne pourras pas me sauver, mais tu vas pouvoir me porter. Je vais avoir besoin de toi pour mourir. Il va falloir que tu sois solide.
- Je ne suis pas sur de pouvoir, Blandine !!!! tu me demandes l'impossible, l'inimaginable pour moi. Tu m'annonces ça comme si tu partais chez la l'esthéticienne. Tu te rends compte de ce que tu me dis. De ce qui nous arrivent. J'ai l'impression de rêver et bien sur je vais me réveiller. Nous venons de passer des jours incroyable et là, tu fous tout en l'air, comme ça, en deux minutes.
- Bon stop là, Simon, tu n'as pas le choix et en plus moi non plus.
- Comment ça, je n'ai pas le choix, j'ai le droit de te dire que c'est dégueulasse de me l'annoncer comme ça. Tu voulais me donner les derniers jours les plus beaux de notre histoire et bien c'est raté. Je ne comprends pas pourquoi tu ne m'as pas fais confiance et tu ne m'en a pas parler.
- J'ai voulu te protéger.
- Tu parles !!!!! et maintenant, tu me lances contre un mur, comme un chien. Putain, t'es en train de me dire que notre histoire s'arrête comme un train au fond d'une gare. Qu'il va falloir faire comme si tu ne m'avais rien dit ou presque. Et bien non, c'est au dessus de mes forces
Je sens les larmes monter et je ne vais pas pouvoir les tenir. Je craque devant Blandine, laissant tomber mes armes d'un homme bien souvent orgueilleux. Je pleure comme un gamin, sans pouvoir me retenir.
Blandine vient de se lever et a fait le tour de la table. Elle m'enlace et nous restons là, devant les autres touristes, heureux et un peu médusés de voir notre spectacle.
Je n'ai plus faim, Blandine non plus. Nous quittons le restaurant et atteignons la plage.
Le décor est moins beau, la nuit moins claire, mon âme est noire. Blandine ne dit rien, elle doit attendre mes mots mais ils ne viennent pas.
Je ne vais pas pouvoir lui dire tout ce que je pense. Je ne vais pas pouvoir lui dire que sans elle, je n'y arriverai pas, que sans elle, ma vie n'a plus de sens, de souffle. Que sans elle, je n'ai plus aucune raison de vivre, d'exister.
Elle me porte depuis le premier jour, m'encourage, me rassure, me protège de mes démons.
Aujourd'hui, je dois inverser la vapeur et lui donner ce que je ne suis pas !!!!!!!!!
On se retrouve ici, au pays des merveilles pour se dire adieu, super le voyage, j'ai déjà oublié les jours passés ici. Le temps vient de s'arrêter et sûrement pour longtemps.
Maintenant, le programme est trop chargé, Blandine me demande de la porter, de l'aider à partir, une forme d'euthanasie avant de mourir. C'est pas logique, c'est pas humain tout ça alors comment vais-je faire pour assumer ?
- Simon, à quoi tu penses ?
- A rien de spécial, Blandine, je réfléchis a demain, à ce que je vais dire, faire.
- Simon, tu ne trouveras pas de recettes ni de réponses, alors laisses ton âme parler et ensemble, on va peut être éviter la casse.
- Facile à dire, on dirait que tu attendais ça, tellement tu le prends bien. Excuses moi, mais il va me falloir un peu plus de temps. Et puis je ne vais pas faire semblant non plus. Je suis ce que je suis !!!!
- Penses aux enfants et à ta raison de trouver la force pour eux. Ils vont avoir besoin de toi. Je vais leur expliquer mais la suite est malheureusement pour toi.
- Tu es trop forte, je ne sais même pas comment tu arrives à me dire tout ça. Je me sens un peu en manque de courage.
- Simon, je ne suis pas inquiète car je sais que tu vas être à la hauteur de notre histoire. Je me rappelle ce jour, lorsque tu m'as passé ce petit mot pour notre premier rendez vous. J'étais folle de joie à l'idée que tu avais pu m'inviter alors que je n'aurais jamais osé. Je te sais capable de chose étonnante alors demain, tu seras quoi faire, quoi dire.
- ok, arrête Blandine de me voir tel que je ne suis pas. Cela va peut être t'arranger mais c'est pas si simple que ça. Tu as décidé de vivre ta maladie un peu toute seule alors n'espère pas trop que je vais être comme tu voudrais que je soit pour t'aider à mourir. Il faut que j'apprenne et très vite semble t'il à avoir des pensées, des actes face à ce qui nous arrive et ce n'est pas naturelle.
Nous continuons à discuter, entre nos larmes, des moments de silence, des regards une grande partie de la nuit.
Les mots de Blandine ne pourront pas adoucir mes pensées et nous finissons par entrer dans un silence de mort !!!!!
La nuit est terriblement longue pour moi, noire, terrible. Blandine vient de trouver le sommeil et moi non. Je la regarde dormir en pensant que dans très peu de temps, ce ne sera qu'un souvenir.
Il faut que je sorte, j'étouffe, la tristesse enfouie en moi est en train de m'envahir et de m'anéantir.
Putain, que je suis minable de m'être construit à travers Blandine. Incapable de me supporter vraiment, recherchant des ressources, des chemins, des envies, des idées chez elle.
Et là, c'est pathétique, au lieu de la soutenir, je ne penses qu'a moi, qu'à mes difficultés d'existence.
J'aurai du regarder un peu plus loin pouvant imaginer le pire dans notre vie. A côté de ça, je n'ai pensé qu'à mon épanouissement personnel, professionnel, me regardant le nombril de trop près.
C'est bien fait pour moi, pour ce que je suis !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Les valises sont refermées, notre joie et notre bonheur aussi. Le retour pour l'aéroport se passe sans mots. Même le temps nous aide à repartir, il fait gris et cette île paradisiaque est semble-t-il capable de s'adapter aux histoires, et même les plus tristes.
Le vol est interminable, plus de nuages qui nous font rêver, que des rêves nuageux.
Nous nous rapprochons de notre pays, de notre vie d'hier, de nos enfants et de notre nouvelle vie. Blandine ne me lâche plus, elle à toujours un bout d'elle sur moi, une main, un doigt, sa tête, ses yeux.
Je fais comme si j'étais fort et je lui susurre des mots doux, des mots d'amour.
L'arrivée est terrible !!!!!! Les petits et leur mamie nous attendent sur le quai, pressés de nous retrouver.
Je les aperçois de loin, tout excités et nous avançons au rythme des touristes, lentement.
Les retrouvailles sont intenses, les enfants nous étouffent de bisous et de papouilles. Ils sont heureux et rassurés de nous revoir. Blandine est digne, heureuse et ne parait plus penser à sa maladie. Moi, c'est autre chose, cela me hante et mon sourire à du mal à s'accrocher longtemps.
Ma belle maman me trouve un peu pâle et me demande si je vais bien. Je prétexte le mal d'avion et nous partons rejoindre la voiture et notre home.
Ensuite, le cauchemar prend notre vie en main et nous entraînent vers de moments douloureux, déchirants, mourants.
Blandine s'est envolé une deuxième fois pour toujours et seule cette fois ci. Les derniers jours ont été atroces et notre plus jeune garçon n'a pas supporté le départ de sa maman. Il ne parle plus du tout depuis ce jour fatal.
Notre fille, est courageuse et m'oblige à continuer. Elle est la plus forte dans l'histoire maintenant, elle a repris le flambeau de sa maman et sa force de vivre.
Moi, c'est aussi dur que je pensais. Plus de goût, plus d'envie, plus d'humour, plus de projets, plus de rien.
Blandine m'a demandé de continuer à la faire vivre à travers moi et je tente de faire au mieux. Mais je l'avoue sans conviction. Mes enfants ont besoin de moi, d'amour et ce qui me reste à l'intérieur, c'est pour eux.
Je reste amer de ce qui nous arrive, de cette injustice, de cet arrêt de vie et de rêve. As t'on le droit d'être vraiment heureux à ce point comme nous l'étions.
Je me le demande souvent !!!!!


20/09/2006


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