Cette comédie de 1895 est un petit bijou du théâtre anglais !
La pièce
Elle met en scène Jack Worthing, qui prend le prénom de Constant pour se faire aimer de la douce Gwendolen. A sa nièce Cecily, il prétend au contraire que Constant est son frère. Pour ne rien arranger, son ami Algernoon qui souhaite rencontrer Cecily, s'introduit chez elle en se présentant comme étant Constant, le frère de Jack. Mais la supercherie est découverte quand Cecily et Gwendolen se rendent compte qu'elles sont toutes les deux fiancées à un certain Constant qui n'existe pas en réalité ! Finalement tout s'arrange, et vous découvrirez comment en lisant la pièce.
Oscar Wilde dénonce avec humour la frivolité et l'hypocrisie du beau monde en mettant en scène des personnages qui jouent sur leur double identité. Cette pièce est évidemment une comédie où l'on rit beaucoup grâce aux nombreux quiproquos qu'engendrent ces doubles identité. Mais on apprécie également les répliques piquantes des personnages comme Algernon qui a le goût du cynique et du contradictoire (« J'adore les ennuis. Ce sont les seules choses qui ne soient jamais sérieuses ») et qui méprise les convenances. Un coup de théâtre complètement improbable permet de clore le roman dans la joie et la bonne humeur.
Le titre original « The Importance of Being Earnest » est construit sur un jeu de mot entre le prénom Earnest et le terme earnest qui signifie sérieux en anglais. De ce fait, plusieurs traductions ont pu être proposées pour retrouver ce jeu de mot avec un prénom français, par exemple « l'importance d'être fidèle ». Nous retiendrons ici le prénom de Constant et vous propopons trois extraits qui vont vous prouver en quoi il est important d'être Constant…
Les extraits
Acte I
ALGERNON. […] D'autant plus que votre prénom n'est pas Jack mais Constant.
JACK. Ce n'est pas Constant, mais Jack.
ALGERNON. Vous m'avez toujours dit que c'était Constant. Je vous ai présenté à tout le monde comme vous appelant Constant. Vous répondez au prénom de Constant. Vous avez une tête à vous appeler Constant. Vous êtes l'homme à l'air le plus constant que j'aie jamais rencontré. Il est parfaitement absurde de prétendre que vous ne vous appelez pas Constant. C'est marqué sur vos cartes de visites. Tenez, en voici une. (La sortant de l'étui) « Mr Constant Worthing, Suite B4, Hôtel Albany. » Je la garde comme preuve que vous vous appelez Constant au cas où vous tenteriez de le nier devant moi, ou devant Gwendolen, ou devant quiconque. (Il met la carte dans sa poche.)
JACK. Eh bien, je m'appelle Constant à la ville et Jack à la campagne […].
Acte I (suite)
GWENDOLEN. Mr. Worthing, nous vivons, vous le savez, j'espère, à une époque d'idéaux […] et mon idéal à moi a toujours été d'aimer quelqu'un qui s'appellerait Constant. Il y a quelque chose dans ce prénom qui inspire une confiance absolue. Dès la première fois où Algernon m'a dit qu'il avait un ami qui s'appelait Constant, j'ai su que j'étais destinée à vous aimer. Ce prénom, heureusement pour la tranquillité de mon esprit, est, dans mon expérience personnelle, extrêmement rare.
JACK. Vous m'aimez vraiment, Gwendolen ?
GWENDOLEN. Passionnément !
JACK. Ma chérie ! Vous ne pouvez pas savoir combien vous me rendez heureux.
GWENDOLEN. Mon Constant à moi !
Ils s'étreignent.
JACK. Mais sérieusement, vous ne voulez pas dire que vous ne pourriez pas m'aimer si je ne me prénommais pas Constant ?
GWENDOLEN. Mais vous vous prénommez Constant.
JACK. Oui, bien-sûr, je sais, mais en supposant que je m'appelle autrement ? Voulez-vous dire que vous ne pourriez pas m'aimer ?
[…]
JACK. Personnellement, ma chérie, pour vous parler en toute sincérité, je n'aime pas beaucoup ce prénom de Constant… Je ne pense pas que ce prénom m'aille tellement bien.
GWENDOLEN. Il vous va à merveille. C'est un prénom divin. Il possède une musique rien qu'à lui. Il produit des vibrations.
JACK. Gwendolen, sérieusement, je dois dire qu'à mon sens il y a quantité de prénoms beaucoup plus jolis. Je pense que Jack, par exemple, est un prénom charmant.
GWENDOLEN. Jack… Non, il y a très peu de musicalité dans ce prénom de Jack, si tant est qu'il y en ait une. Il ne suscite aucune émotion, et ne produit absolument aucune vibration… J'ai connu plusieurs Jack, et ils étaient tous sans exception d'une banalité plus qu'ordinaire. D'ailleurs, c'est bien connu, Jack est un diminutif de John ! Et je plains la femme qui serait mariée à un homme qui s'appellerait John. Elle aurait avec lui une vie d'un ennui mortel. Elle ne pourrait sans doute jamais connaître le plaisir exaltant d'un seul moment de solitude. Non, le seul prénom qui soit une valeur sûre, c'est Constant.
Acte III
CECILY. Ne vous moquez pas de moi, mon chéri, mais depuis que je suis toute petite fille, j'ai toujours rêvé d'aimer quelqu'un qui s'appellerait Constant. (Algernon se lève, Cecily également.) Il y a dans ce nom quelque chose qui semble inspirer une confiance absolue. Je plains les pauvres épouses dont le mari ne s'appelle pas Constant.
ALGERNON. Mais, ma chère enfant, voulez-vous dire par là que vous ne pourriez pas m'aimer si je portais un autre prénom ?
CECILY. Mais quel prénom ?
ALGERNON. Oh, n'importe lequel, Algernon, par exemple…
CECILY. Mais je n'aime pas le prénom Algernon.
ALGERNON. Voyons, ma chère, ma douce, ma tendre chérie, je ne vois vraiment pas pourquoi vous pourriez avoir quelque chose contre le prénom Algernon. Ce n'est pas du tout un mauvais prénom. C'est même plutôt un prénom aristocratique. La moitié des gens que poursuit le Tribunal des Faillites s'appelle Algernon. Mais sérieusement, Cecily… (Il s'approche d'elle) si je m'appelais Algy, vous ne pourriez pas m'aimer ?
CECILY (se levant). Je pourrais vous respecter, Constant, je pourrais admirer votre caractère, mais je craindrais de ne pouvoir vous consacrer exclusivement mon attention.
20/01/2007
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