Sophocle est un antique, du temps d’Euripide et de Socrate, qui connut une renommée certaine grâce à ses pièces de théâtre. Il écrit en parallèle de sa vie politique des pièces qui seront jouées lors des fêtes annuelles et très appréciées des Athéniens et de ses confrères.
Le théâtre d'alors est interprété par seulement trois comédiens hommes, qui tiennent tous les personnages, et un chœur de chanteurs de tout âge. Voici des extraits d'Œdipe Roi, la plus étudiée et la plus poignante des œuvres de Sophocle: le héros, après avoir sauver Thèbes de la Sphinx (« la chanteuse »), doit découvrir pourquoi la ville part en ruine avec ses habitants, et revient sur ses anciens crimes : le meurtre du père, l'inceste avec la mère, l'enfantement interdit, et lors de l'enquête, l'hybris, c'est-à-dire la démesure.
Le prêtre : Tu le vois comme nous, Thèbes, prise dans la houle, n'est plus en état de tenir la tête au-dessus du flot meurtrier. La mort la frappe dans les germes où se forment les fruits de son sol, la mort la frappe dans ses troupeaux de bœufs, dans ses femmes, qui n'enfantent plus la vie. […] Eh bien !cette fois encore, puissant Œdipe, aimé de tous ici, à tes pieds, nous t'implorons.
[…]
Créon, beau-frère d'OEdipe : Ce pays, prince, eut pour chef Laïos, autrefois, avant l'heure où tu eus toi-même à gouverner notre cité. […] Il est mort, et le dieu aujourd'hui nous enjoint de le venger et de frapper ses assassins.
[…]
Œdipe : Eh bien ! je reprendrai l'affaire à son début et l'éclaircirai, moi. […]Pour le peuple de Cadmos, je suis prêt à tout faire, et, si le dieu m'assiste, on me verra sans doute triompher –ou périr.
[…]
Tirésias le devin : Hélas !hélas !qu'il est terrible de savoir, quand le savoir ne sert à rien de celui qui le possède ! Je ne l'ignorais pas ; mais je l'ai oublié. Je ne fusse pas venu sans cela.
Œdipe : Qu'est-ce là ? et pourquoi pareil désarroi à la pensée d'être venu ?
Tirésias : Va, laisse moi rentrer chez moi : nous aurons, si tu m'écoutes, moins de peine à porter, moi mon sort, toi le tien.
Œdipe : Que dis-tu ? il n'est ni normal ni conforme à l'amour que tu dois à Thèbes, ta mère, de lui refuser un oracle. […]
Tirésias : C'est que tous, tous, vous ignorez… Mai non, n'attends pas de moi que je révèle mon malheur - pour ne pas dire : le tien. […] Tu me reproches mon furieux entêtement, alors que tu ne sais pas voir celui qui loge chez toi, et c'est moi ensuite que tu blâmes ! […] Je n'en dirai pas plus. Après quoi, à ta guise ! laisse ton dépit déployer sa fureur la plus farouche.
OEdipe : Eh bien soit ! Dans la fureur où je suis, je ne cèlerai rien de ce que j'entrevois. Sache donc qu'à mes yeux c'est toi qui as tramé le crime, c'est toi qui l'as commis – à cela près seulement que ton bras n'a pas frappé. Mais, si tu avais des yeux, je dirais que même cela, c'est toi seul qui l'as fait.
Tirésias : Vraiment ? […] sache-le, c'est toi, c'est toi, le criminel qui souille ce pays !
[…]
Œdipe (à Créon) : Hé là ! que fais-tu donc ici ? Quoi ! tu as le front, insolent, le venir jusqu'à mon palais, assassin qui en veux clairement à ma vie, brigand visiblement avide de mon trône ! […] Tu prétends donc être rebelle ? Tu te refuses à obéir ?
Créon : oui, quand je te vois hors de sens.
Œdipe : J'ai le sens de mon intérêt.
Créon : L'as-tu du mien aussi ?
Œdipe : Tu n'es, toi, qu'un félon.
Créon : Et si tu ne comprends rien ?
Œdipe : N'importe !obéis à ton roi.
Créon : Pas à un mauvais roi.
Œdipe : Thèbes ! Thèbes !
[…]
Jocaste, femme d'Œdipe : Malheureux ! qu'avez-vous à soulever ici une absurde guerre de mots ? N'avez-vous pas de honte, lorsque votre pays souffre ce qu'il souffre, de remuer ici vos rancunes privées ? (A Œdipe.) Allons, rentre au palais. Et toi chez toi, Créon. Ne faites pas d'un rien une immense douleur.
[…]
Le Chœur : Cède à sa prière, montre bon vouloir, reprends ton sang-froid, je t'en prie, seigneur !
[…]
Jocaste : tu verras que jamais créature humaine ne posséda rien de l'art de prédire. […] Un oracle arriva jadis à Laïos […]. Le sort qu'il avait à attendre était de périr sous le bras d'un fils qui naîtrait de lui et de moi. Or Laïos, dit la rumeur publique, ce sont des brigands qui l'ont abattu, au croisement de deux chemins, et d'autre part, l'enfant une fois né, trois jours ne s'étaient pas écoulés, que déjà Laïos, lui liant les talons, l'avaient fait jeter sur un mont désert.
Œdipe : Ah ! comme à t'entendre je sens soudain, ô femme, mon âme qui s'égare, ma raison qui chancelle ! […]
Phoebos me renvoie, non sans avoir prédit que j'étais le plus horrible, le plus lamentable destin : j'entrerais au lit de ma mère, je ferais voir au monde une race monstrueuse, je serais l'assassin du père dont j'étais né !
[…]
Jocaste : Et n'importe de qui il parle ! N'en aie nul souci. De tout ce qu'on t'a dit, va, ne conserve même aucun souvenir. A quoi bon !
Œdipe : Impossible. J'ai déjà saisi trop d'indices pour renoncer désormais à éclaircir mon origine.
Jocaste : Non, par les dieux ! Si tu tiens à la vie, non, n'y songe plus. C'est assez que je souffre, moi. […] Ah ! puisses-tu jamais n'apprendre qui tu es !
[…]
Œdipe : Hélas, hélas ! ainsi tout à la fin serait vrai ! Ah ! lumière du jour, que je te voie ici pour la dernière fois, puisque aujourd'hui, je me révèle le fils de qui je ne devais pas naître, l'époux de qui je ne devais pas l'être, le meurtrier de qui je ne devais pas tuer !
Il se rue dans le palais.
Le chœur : pauvres générations humaines, je ne vois en vous qu'un néant !
[…]
Le messager : […] Jocaste est pendue ! Elle est là, devant nous, étranglée par le nœud qui se balance au toit… Le malheureux Œdipe à ce spectacle pousse un gémissement affreux. Il détache la corde qui pend, et le pauvre corps tombe à terre… C'est un spectacle alors atroce à voir. Arrachant les agrafes d'or qui servaient à draper ses vêtements sur elle, il les lève en l'air et il se met à en frapper ses deux yeux dans leurs orbites
[…]
Le coryphée (chef du chœur) : Regardez, habitants de Thèbes, ma patrie. Le voilà, cet oedipe, cet expert en énigmes fameuses, qui était devenu le premier des humains. Personne dans sa ville ne pouvait contempler son destin sans envie. Aujourd'hui, dans quel flot d'effrayante misère est-il précipité ! C'est donc ce dernier jour qu'il faut, pour un mortel, toujours considérer. Gardons-nous d'appeler jamais un homme heureux, avant qu'il n'ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin.
23/04/2006
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tres bon livre qui m'a beaucoup plu
10/05/2007 18:21:00 -