Le hasard du coin du feu - Crébillon

le 03/04/2006 - par Sandrine Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

C’est un peu la suite de La nuit et le moment, écrit 5 ans plus tôt. On retrouve la même goujaterie masculine, mais plus présente, moins subtile, décidément sulfureuse et bien trop attirante. Encore une fois la femme y est soit stupide et facile, soit manipulatrice et mystérieuse. L’homme est réfléchi mais très impatient et brutal, et Crébillon en pleine forme se joue des lecteurs (car ce n’est pas pour un spectateur virtuel qu’il écrit), et de ses attentes grâce aux didascalies et transforme une pièce de banale libertinage en satire de monde social aristocrate et en critique du libertinage même.

Le hasard du coin du feu - Crébillon Célie. Vous ne voulez donc pas me dire que vous m'aimez, que vous m'aimerez toujours ?

Le Duc. En vérité ! j'ai peine à concevoir comment, avec autant d'esprit que vous en avez, on peut tenir à ce point à de pareilles misères.

Célie. En effet ! j'ai le plus grand tort du monde ! Je me donne même le dernier des ridicules, d'exiger d'un homme, qui exige tout de moi, qu'il me dise qu'il m'aime !

Le Duc. Oui, vous cous en donnez un ; puisque à cet égard le doute ne vous est pas permis.

Célie. Que de mots pour un, et qui ne valent pas !

Le lecteur remarquera, s'il lui plaît, que pendant ce dialogue, Monsieur de Clerval n'a pas un moment suspendu ce qui l'occupait ; et que Célie, (…) dans l'instant qu'elle a recommencé à parler, a cessé toute résistance : et en ne sachant même la physique que médiocrement, on n'aura pas de peine à concevoir que sa fierté ne peut qu'en être considérablement altérée ; Monsieur le Duc, surtout n'ayant pas un seul instant perdu son objet de vue.

Célie. Avec plus de désir que de pouvoir de se fâcher beaucoup. Monsieur…je vois bien quelle est votre intention…mais je vous avertis, si vous n'aimez pas les statues, que vous en trouverez une.

Le Duc. Du plus grand sérieux. Qu'à cela ne tienne ; cette menace ne m'effraye pas ;…

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