Interview de Laurence Fischer, essec et championne du monde de Karaté

le 27/01/2003 - par Arnaud K. et Romain M. Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

En exclusivité pour esseclive et avant sa démonstration à l'essec mercredi 29 janvier à 20h, Laurence Fischer dévoile tous ses secrets.

Interview de Laurence Fischer, essec et championne du monde de Karaté Esseclive : Pour commencer, Laurence, nos lecteurs ne te connaissent peut-être pas bien. Alors qui es-tu ?
Laurence Fischer : (amusée) Je m'appelle Laurence Fischer, j'ai 29 ans, je suis rentrée à l'essec en septembre 2002 et j'adore le karaté !

E. Le karaté, parlons-en ! Que penses-tu des résultats de l'équipe de France, lors des championnats du monde de novembre dernier, en Espagne ? Tu as perdu ton titre en équipe, un coup de moins bien ?
LF : Non, pas vraiment. 1998 a été une année vraiment extraordinaire. On a gagné 15 ou 16 médailles sur 17 ou 18 possibles. On a trusté les places. Ca arrive vraiment rarement. C'est comme si on avait eu 20/20. Là, on a eu 15, excusez-nous (Rires). Nous restons quand même les leaders mondiaux. De mon côté, j'ai conservé ma troisième place en individuel. Et en équipe, on a perdu notre titre, c?est vrai, mais c?était face aux Espagnoles, qui jouaient à domicile. C'était donc difficile. Les hommes ont eu des problèmes d'arbitrage lors de leur demi-finale contre l'Espagne. Mais nous, nous n?avons tout de même pas connu une telle mésaventure en finale.

E. Au niveau de l'ambiance en équipe de France?
LF : C'est un collectif qui se retrouve depuis 3 ans au moins. Les liens se sont noués et on s'accorde vraiment bien. Pas d'animosité. C'est aussi ce qui fait notre force.

E. Revenons un peu sur tes débuts. Qu'est ce qui t'a amené au karaté ?
LF : Je suis arrivé au karaté car mon père pratiquait. Moi, je ne voulais pas trop, j'ai commencé à 6 ans, mais ça ne me plaisait pas du tout. Du coup, j'ai touché un peu à tout. Je me suis mise à l?athlétisme, et j'ai même fini à 11 ans avec la danse folkorique ! Cela a été trop pour mon père. Donc je me suis retrouvée à nouveau sur les tatamis, sans grande motivation, pour faire plaisir à mon père. C'est lui qui m'a enseigné après un an ou deux de travail avec un autre professeur.

E. Les premières compétitions ? Des victoires ?
LF : J?ai commencé par le kata (démonstration, ndlr), donc de la technique. C'était difficile pour moi car j'étais grande, donc je n'étais pas avantagée. Mais à partir du moment où je suis passée au combat, c'était mieux. Je préférais. Les championnats de France, en cadette à 16 ans, ma première expérience au niveau national, n?ont pas été positifs. Par la suite, premier titre à 17 ans aux championnats de France. Après, les titres se sont enchaînés. Par contre, au niveau international, j'ai eu un peu de mal : j'ai eu le titre de champion du monde en 1998 avant de décrocher le titre européen !

E. Tes meilleurs moments ?
LF : Les championnats du monde en 1998 ! Les deux minutes que j?ai pu vivre, c?était vraiment le summum. Mais c?est avec le recul que je ressens cela, pas sur le moment. A l?époque, j?étais surtout touchée par le combat en lui-même, plutôt que par la victoire. Car quand je suis sortie du combat, j?y étais encore, la tension était toujours présente. Mais après, c?est l?expérience de la vie qui fait que tu te rends compte de ce que tu as accompli. En équipe, la victoire collective a vraiment été un grand moment, plus que le combat en lui-même cette fois-ci.

E. Toujours motivée après le titre suprême ?
LF : Oui car je suis en éternelle phase d?apprentissage. Je ne me considère pas arrivée au bout de mes capacités. Le premier tour comme la finale, mise à part l?intensité qui monte, c?est la même chose. Je dissocie vraiment l?aspect « victoire » et le match. Je cherche à apprécier chaque combat. Maintenant, je préfère clairement les combats de qualité. Au niveau mondial ou européen, c?est déjà beaucoup plus intéressant qu?un combat en championnat de France par exemple. Car les filles ont beaucoup plus d?expérience.

E. Malgré ton expérience, tu dois continuer à t?entraîner. Cela représente combien d?heures par semaine ?
LF : J?avoue que j?ai fait un beau break. Je m?entraîne le jeudi et le week-end. Cela correspond environ à 10 heures par semaine, ce qui n?est pas énorme par rapport à ce que je fais d?habitude. Là, j?ai commencé un programme physique pour préparer les championnats de France qui se dérouleront les 12 et 13 avril. C?est tout de même moins poussé que ma préparation aux championnats du monde.

E. Tu as 29 ans. Tu penses déjà à la retraite ?
LF : (amusée) Non, non ! Je suis en bonne santé. C?est vrai que j?ai des phases de moins bien. Quand je sors d?un gros championnat, je n?ai plus envie de remettre le kimono pour tout vous avouer. Mais c?est par période. Sinon, tant que tout va bien et que j?ai les capacités physiques de faire mon sport, je le ferai. En plus, j?ai une dent contre le public espagnol, à cause de ce qui s?est passé lors des championnats du monde. Je me suis fait traiter de tous les noms et on a jeté des bouteilles et toute sorte d?objets sur les tatamis. En sortant de cela, je me suis dis : « Dans deux ans, au Mexique, t?y seras et tu feras quelque chose ». Par contre après, on verra.

E. Tu voudrais développer le karaté à l?essec ?
LF : Il y a un professeur, fort sympathique, que j?ai rencontré. Je pourrais parler pendant des heures du karaté. C?est un moyen formidable de s?exprimer. Si je peux développer cette idée au sein de l?essec, ce serait avec plaisir. Et si je peux apporter un petit plus aux cours, par exemple, pourquoi pas. Je vais participer aux championnats universitaires. (Rires) Je vais porter haut les couleurs de l?essec ! Bientôt, vous ne pourrez plus me supporter tellement je serai présente !

E. Comment tu expliques que le karaté ne soit pas encore un sport olympique ?
LF : Il y a plein de facteurs. Je n?ai pas creusé la question, mais il faut avoir les bonnes personnes qui représentent la discipline. Pendant longtemps, on a manqué de gens comme cela. Aujourd?hui, c?est bon, mais il y encore du travail. Le Taekwondo est devenu sport olympique car il était bien représenté. On a pris un peu de retard à ce niveau-là. Pourtant, tous les critères sont remplis pour être sport olympique aujourd?hui. C?est un sport pratiqué dans le monde entier. En France, on doit avoir 200.000 licenciés. On doit être entre le 10 et le 15e sport en France. On a une très bonne organisation européenne et mondiale. On a changé les règles. Le temps que cela soit intégré après? On pensait être à Athènes en 2004. Résultat, on ne sera pas non plus en Chine en 2008 ! Mais pour 2012, j?y crois très fort. Finalement, c?est ma plus grande frustration : tous ces athlètes réunis lors des J.O. ? Une petite injustice?

E. 200.000 licenciés et personne pour en parler. Comment tu l?expliques ?
LF : J?aimerais bien le savoir? Mais je pense qu?il y a un gros problème de communication : on n?arrive pas à se vendre. Déjà, le fait qu?on ne soit pas un sport olympique pèse beaucoup dans la balance. Mais en plus, on n?a droit à aucun sponsor sur les kimonos. Donc cela n?aide pas? Mais petit à petit, on y vient. Il y aussi le fait qu?on n?ait pas réussi à profiter du « phénomène Bruce Lee ». A cette époque, il y a eu un véritable engouement pour le karaté, mais cela n?a pas eu de suite favorable.

E. Le karaté dans le cinéma justement. Qu?en penses-tu ?
LF : Aucun ne fait vraiment du karaté. C?est souvent des bases de kung fu. Bruce Lee avait monté son propre style. Mais il y a tout de même beaucoup de similitudes. Dans la pratique qu?on a, il y a différents styles, différentes spécialités. On va dire que le cinéma, c?est une autre spécialité (rires). Le cinéma ne m?a pas influencé quand j?ai commencé. Contrairement à d?autres compétiteurs?

E. Tu serais prête à tourner ?
LF : Pourquoi pas ! Ca pourrait être amusant. Je suis curieuse de savoir comment cela se passe derrière la caméra. Même si cela n?a rien à voir avec la compétition.

E. Pour revenir à l?essec, tu arrives à concilier le travail et sport de haut niveau ?
LF : Pour l?instant, ça va. Mais on se revoit le 14 avril après les championnats de France (Rires) ! Et même avant, avec les championnats universitaires le 8 mars. Mais je pense qu?en s?organisant comme il faut, avec de la rigueur, tout se passera bien.

E. Qu?est ce que tu attends de l?essec ?
LF : Apprendre ! D?ailleurs, je suis vraiment ravie d?être ici. J?étais dans une bulle, celle que peut connaître un athlète. Donc là, c?est l?occasion de s?ouvrir. Et je pourrai me servir de cette expérience pour la vie professionnelle.

E. Justement, comment as-tu gagné ta vie, vu que le karaté n?est pas un sport professionnel ?
LF : Je suis resté dans le domaine sportif. Je travaillais à Marseille au service des sports. Je m?occupais de jeunes en difficulté : c?était essentiellement un travail éducatif, d?aide, pour leur transmettre le goût du sport et les aider à pratiquer.

E. Pour conclure, as-tu un message à faire passer ?
LF : Le sport peut vraiment véhiculer des choses extraordinaires. En terme d?épanouissement, je considère cela presque comme un art. C?est vraiment quelque chose de formidable. Voilà, c?était la pensée du jour (Rires) !


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