A chacun sa vérité
le 23/02/2003 - par Jack Il y a 2 commentaires. Réagissez vous aussi !De Luigi Pirandello, avec Niels Arestrup, Gérard Desarthe, Gisèle Casadeus...
10 personnages en quête de vérité
La curiosité est, parait-il, un vilain défaut. Rechercher la vérité est une cause perdue d'avance. Tel semble être le leitmotiv de la pièce.
L'étrange vie de monsieur Ponza, nouveau secrétaire de la préfecture attire bien des regards curieux. Nous ne savons rien de lui, si ce n'est des ouï dires, des on-dit, mais rien de concret. Et quand il doit confronter sa réalité à celle de sa belle-mère, tout s'embrouille : les deux se contredisent, ou plutôt jouent sur l'illusion de l'autre. Madame Frola, la belle-mère avoue la folie de son gendre, lorsque celui-ci dénonce l'illusion dans laquelle elle vit. Bref, nous ne savons plus très bien qui nous devons croire, qui nous ne devons plus croire. Les acteurs eux-mêmes ne savent plus très bien à quelle argumentation se confier. Tous sauf un. Lamberto, alias Niels Arestrup, joue les trublions et fait semblant d'embrouiller alors qu'il remet les idées en place. De fait, il ébranle les certitudes, il dénonce les a priori et les préjugés. A cet égard sa démonstration quant à la facilité d'ébranler les certitudes au début de la pièce est extraordinaire. En poussant les acteurs dans leurs retranchements, en les poussant à se demander si oui ou non leur réalité est bien la même que celle de leur voisin, il prouve la non-unité, voire la multiplicité, non de la vérité, mais des interprétations subjectives de celle-ci. Toute la pièce tourne en fait autour de lui. Le titre de celle-ci ne se rapporte vraiment qu'à lui, qu'à sa démonstration, voire à l'attitude de certains personnages. En effet, monsieur Ponza, tout comme sa belle-mère ne se pose pas vraiment la question de savoir qui d'entre les deux est fou, qui a raison ou qui a tort, et l'objectif de la pièce n'est pas de résoudre ce problème. Non, la pièce vise à proposer des réalités subjectives, non une vérité absolue.
Sous les abords philosophiques de cette pièce se trame une véritable comédie : les comères (la personne féminine s'y prête aisément), soutenues en fait par ces messieurs les conjoints, ne semblent plus vivre que pour cette énigme. Les potins circulent à vitesse grand V, les mimiques de trépignement s'accordent aux exclamations, et les petits applaudissements manuels riment avec la découverte d'un nouveau détail croustillant sur l'énigme du siècle. Les hommes, derrière leur sérieux viril, ne se tiennent pas moins à l'écart de ces excitations. Au point que certains, Cerelli en particulier, en viennent jusqu'à se mettre en colère lorsqu'ils perdent le fil d'une certitude qu'ils avaient presque réussi à accepter cinq minutes. Pirandello nous maintient ainsi pendant presque deux heures entre différentes illusions, sans vraiment nous proposer de solutions, si tant est qu'il y en ait une. Nous naviguons avec joie entre les certitudes contradictoires des élucubrations de chaque personnage. Lamberto nous remet de temps à autre les pieds sur terre en relativisant les réalités : est-ce-que les autres me voient de la même manière que moi-même je me vois, et celui que je vois est-il le même que celui que les autres voient ou est-il la représentation matérielle de leur idée de moi. Dans ce cas, lorsque je suis devant eux, il m'est impossible d'être personnellement et uniquement présent dans la mesure où je suis moi-même unique ? Lamberto se rit de toutes les embrouilles, et prend un malin plaisir (qui nous ravit par ailleurs) à emmêler le fil pour les acteurs, tout en les éclaircissant à sa manière.
Pirandello signe ici un chef-d'oeuvre que ni la mise en scène de Bernard Murat ni l'interprétation par Niels Arestrup ne ternissent et il précise l'adage devenu classique depuis selon lequel la vérité est ailleurs par celui selon lequel les certitudes, pas forcément fausses mais follement divertissantes, sont bien présentes, et ce pour le plus grand plaisir de tous.
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Théâtre Antoine
14, bld de Strasbourg 75010 PARIS
Du mardi au vendredi à 20h30
Samedi à 17h et 21h
Dimanche à 15h30
2 commentaire(s)
Laudisi (Pirandello) est interprété par G. Desarthe et non N. Arestrup qui, lui, joue Ponza.
par Jean-Jacques, le 2010-09-25 18:38:00
Belle critique, cela donne envie de découvrir cette œuvre.
http://www.pharmidea.com/
par parapharmacie, le 2010-10-06 15:19:00
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