Pièce de Henrik Ibsen
Mise en scène par Roman Polanski
Avec Emmanuelle Seigner, Guillaume de Tonquedec, Pascale Abillot, Jean-Paul Solal, Erik Deshors, Michèle Ernou et Sylvie Herbert.
places à 10 euros les mardi, mercredi et jeudi
Le féminisme est l?un des thèmes chers à Ibsen, pour autant, dans cette pièce qui met en avant un personnage féminin fort et fascinant, celui-ci n?est que secondaire. Il s?exprime plus à travers le rapport de force entre Hedda et les hommes qui l?entoure, rapport de force qui se cache habilement derrière les mots de convenance, que par unerébellion brutale. Car Hedda reste prisonnière de cette société d?homme, elle en reste dépendante, presque le jouet malgré sa personnalité vive et insolente.
Là est le c?ur même de la pièce qui devient une formidable étude psychologique d?un personnage féminin à la recherche non pas d?une reconnaissance sociale mais d?une raison d?être. Ici se dessine un autre thème favori d?Ibsen : l?opposition idéal/réalité. Hedda est fascinante, désespérée et frustrée : un véritable personnage dramatique. Mais ses choix et son comportement restent insaisissables : femme gatée, elle ne peut se résoudre à se défaire de la société et de ses codes. Ceux-ci l?ont pourtant amenée à quitter un amant de mauvaise réputation pour faire un mariage sans amour, mais promesse de belle condition sociale. Il y a alors comme une perversion inconsciente et permanente dans ce personnage. Elle se dirige vers un destin inéluctable (très clair sur l?affiche de la scène). Comme le dit Emmanuelle Seigner qui joue Hedda, « le suicide est en même temps une forme de lâcheté et de liberté ». Liberté qui s?exprime par le refus de céder au chantage sexuel d?un bourgeois hypocrite. Mais cette fausse liberté est trahie par la lâcheté de son geste qui la voit tirer dans sa tempe plutôt que dans sa poitrine.
A l?image du Pianiste, Polanski choisit une mise en scène très classique, sans esbrouffe, mais implacable telle l?écriture grinçante d?Ibsen. Les cinq actes se jouent dans un décor de salon au style nordique néo-gustavien reconstitué scrupuleusement par Charlie Mangel. Le personnage d?Hedda est nettement mis en valeur pendant toute la pièce : abscente au début, c?est déjà d?elle que l?on parle. Peu à peu elle se fait de plus en plus présente au fil des actes pour très vite capter définitivement tous les regards et toute notre (at)tension. Par ailleurs elle se détache toujours de par ses vêtements solennels : d?abord couleur ocre lorsque ceux des autres sont de couleurs fortes, puis rouge flamboyant lorsque les autres sont ternes et enfin blancs quand les autres sont en habit de deuil.
Face à des acteurs de plutôt bonne facture, il apparaît (hélas) que le jeu de la non-moins superbe Emmanuelle Seigner est plus inégale. Comme elle le dit elle-même, son personnage « ne joue pas du tout sur la séduction » mais « tout se passe à l?intérieur ». Ce rôle est pour elle une épreuve, une véritable étape dans son parcours théâtral encore jeune (elle a foulé les planches pour la première fois en 2000). Ainsi, il faut un certain temps pour se mettre au diapason avec le jeu d?Emmanuelle qui surprend d?abord par une diction très détachée et une posture extrêmement raide. Mais passé le premier acte où elle apparaît très « monocorde », on sent que son jeu monte en puissance et prend plus de relief. Finalement, si l?on a du mal à « accrocher » au jeu de l?actrice c?est aussi lié à son rôle dont la chaleur n?est qu?intérieure mais qu?elle a du mal à faire sentir.
Pourquoi Roman Polanski a choisi la scène :
On se demandera peut-être pourquoi Roman Polanski a choisi la scène pour faire scintiller ce joyau de la dramaturgie universelle ? Robert Kanters, il y a quelques dizaines d'années déjà, proposait une réponse :
« Le théâtre devrait se dire que ce que le cinéma fait aussi bien ou mieux que lui, il ne faut pas le faire. Sa chance tient à ses données essentielles, le texte, la voix, le corps du comédien réellement présent. Ce sont les éléments du miracle dont le résultat est la vérité réellement présente elle aussi. Chaque soir le spectateur guette la minute de perfection, le point de fusion du comédien et de la parole. Et cela arrive, l'éclair jaillit, le comédien fait entendre comme une parole neuve les mots d'Euripide, de Molière, de Marivaux, de Musset, d'Ibsen, de Pirandello, de Claudel et de beaucoup d'autres. Le texte prend sa valeur de présentation au-delà de la représentation. »
- Une sélection de pièces à Paris et en proche banlieue avec, pour chaque pièce, un résumé et les infos pratiques. - Des critiques des pièces par l'équipe du magazine. - Un encart théâte classique, pour les inconditionnels. - Des actus festivals / le programme de l'Opéra et les bons plans pour assister aux spectacles sans se ruiner et d'autres suprises toute l'année.
Le magazine recrute : critiques en herbe, lancez-vous et venez enrichir ces pages avec vos impressions. Contactez nous !