Heureux?
le 09/02/2004 - par aurélie Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Heureux ? A la comédie des champs élysées Quand Jean Rochefort, accompagné par la musique d'Erik Satie, revisite Fernand Reynaud.
Le comique de Fernand Reynaud est un comique que l?on connaît peu, sinon par nos parents ou nos grands-parents. C?est un mélange d?absurde et de simplicité, qui utilise toutes les ficelles du comique (répétition, exagération, jeux de mots?), et que l?on gagne à découvrir ou redécouvrir, surtout lorsqu?il est bien interprété. Mais pourquoi, lorsque l?on ne connaît pas Reynaud, irait-on voir « Heureux ? » ? Pour Jean Rochefort d?abord, par curiosité ensuite.
On n?a pas toujours tort de choisir d?aller voir une pièce uniquement pour ses acteurs. Dans « Heureux ? », Rochefort nous livre une performance impressionnante, mettant tout son corps, tout son visage, toute sa voix au service du comique de Fernand Reynaud. Il gesticule, se baisse, se relève, baisse la voix, fais des cris d?animaux (mon coup de c?ur aura été l?éléphant?), redevient sérieux, et nous émeut profondément. J?ai regretté de n?avoir jamais vu de sketchs de Reynaud pour pouvoir évaluer dans quelle mesure Rochefort l?imitait, l?interprétait ou le redécouvrait ; mais à aucun moment, il ne donnait l?impression d?être enfermé dans une interprétation figée et impersonnelle.
Cependant il serait injuste de limiter la pièce au talent de Rochefort. Car « Heureux ? », c?est aussi la musique d?Erik Satie interprétée par Bruno Fontaine, musique qui semble incroyablement bien se fondre avec les textes de Reynaud et le jeu de Rochefort.. On se laisse bercer entre les sketchs par la douceur du piano qui, en occupant pleinement l?espace scénique, joue un rôle à part entière : peu à peu il semble que la musique ne soit plus là uniquement pour servir de décor au jeu de l?acteur, mais qu?il y ait un véritable échange entre le pianiste et l?acteur, échange de regards, de rythmes et de silences.
Plus encore, il m?a semblé que la musique d?Erik Satie introduisait une sort de douce mélancolie lorsqu?elle était associée aux textes de Reynaud ; l?intention du metteur en scène était peut être de mettre en valeur cette double facette du comique. Dans le dernier sketch de la pièce, on sent bien que le rire n?a jamais été aussi proche des larmes : derrière des personnages simples, Reynaud soulève des questions profondes sur l?homme. Si l?on n?était pas soudain tiré de notre rêverie par le bruit des applaudissements, on continuerait à se laisser porter par le charme de cette association du texte et de la musique brillamment interprétée par un musicien et un acteur talentueux.
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