Hysteria, de Terry Johnson, mise en scène de John Malkovich, avec Vanek, Gilain, Elbaz, Dumas
le 04/10/2002 - par Jack Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Voyage au bout du subconscient : l'approche de l'hystérie réminiscence par Freud et Dali
Au premier abord, une pièce pour le moins étrange : excepté Pierre Vanek, on a plutôt, en regardant l'affiche, l'impression d'une représentation cinématographique; entre Marie Gilain, Vincent Elbaz, et John Malkovich, on se demande presque. De fait, la mise en scène, même si elle reste confinée dans une unité topologique, regorge de trouvailles, et d'inventivité. Le décor se replie sur lui-même, recèle de multiples secrets qui se dévoilent au fur et à mesure, l'extérieur- le décor que l'on ne voit pas - intervient aussi : léger bruissement, coups de tonnerre ponctuant des discours. La pièce vise à remettre en question le rôle de la psychanalyse, et en particulier celui du docteur Sigmund Freud (Pierre Vanek) qui, confronté à son anima (Marie Gilain), sorte de réminiscence de sa mémoire, va se recroqueviller sur lui-même et avouer en partie l'échec de l'universalité de sa théorie sur l'hystérie obsessionnelle. Dans ce dédale de remémoration, deux personnages jouent un rôle bien particulier : Salvador Dali (Vincent Elbaz), et Yahuda (Roger Dumas). Commençons par le second, Dali occupant une place complexe. Yahuda, l'ami de toujours de Freud, médecin et grand érudit, représente en quelque sorte un devoir de mémoire avant l'aube. Il est là pour rappeler à Freud sa religion, ses engagements, et l'invite sans cesse à ne pas trahir ses sentiments. C'est d'ailleurs lui qui, ponctuant la pièce, corrigera l'erreur fondamentale reconnue par Freud dans sa propre théorie. Mas le clou de la pièce, c'est Dali, ou plutôt l'oeuvre dalinienne. En effet, le personnage en lui-même, ridicule bouffon sans intérêt, et obsédé par une survalorisation de lui-même exacerbée ("je est lui, lui est Dali", ainsi parle-t-il), correspond, à certains égards au génie espagnol, dans ses manières, dans ses obsessions, mais absolument pas dans son rôle de bouffon en bas résilles (il permet en quelque sorte de détendre une atmosphère psychologiquement lourde). Par contre, l'oeuvre dalinienne, omniprésente tout au long de la pièce, est finement représentée, et sert de support à l'analyse du subconscient freudien. Entre autres, l'analyse du temps par Dali, le principe des "montres molles" dans La Persistance de la mémoire (1931), base du décor scénique (l'horloge à droite, le décor qui ramollit), permet un ralentissement de l'action, une sorte d'arrêt temporel, déjà physiquement suggéré par l'état de rêve (dans lequel l'espace temps ne suit plus de loi).
Toutefois, un problème de temps - encore - réside dans la pièce. Marie Gilain, 29 ans, dit être née en 1898, alors que Yahuda rentre sur scène à un moment annonçant les événements de La Nuit de Cristal (novembre 1938). De même, Dali offre un tableau à Freud (La Métamorphose de Narcisse), datant de 1937. Il parle aussi d'un tableau, Rêve causé par le vol d'une abeille autour d'une pomme-grenade une seconde avant l'éveil, qui date, lui, de 1944. Jeu avec les dates, trouble du temps, ou simplement erreur de l'auteur, la question reste en suspens. Toujours est-il que, la négation du surréalisme par Freud pousse Dali à annoncer que "le surréalisme est mort", à l'époque même (plaçons-nous au milieu des années trente) où Dali commence raiment à se lancer dans l'aventure surréaliste (Appareil et main, et les diverses séries d'appareils).
Si le scénario est centré sur l'oeuvre freudienne, la pièce en elle-même joue plutôt sur l'analyse des correspondances entre l'hystérie obsessionnelle du psychanalyste (d'où le titre de la pièce), et la paranoïa critique du peintre, encore à ses débuts. Si la pièce reste malgré tout splendide, on regrettera pourtant quelques répétitions, trop lourdes, visant à expliciter certains points n'en ayant pas besoin (les cinq dernières minutes), comme si l'auteur voulait être sûr que tout le monde comprenne bien les moindres recoins de sa pièce.
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