Je me souviens
le 17/11/2003 - par Pascal Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !Texte de Georges Perec.
Mis en scène et joué par Samy Frey.
Les roues de vélo à remonter le temps.
Le rideau tombe au ralenti, pour découvrir peu à peu un homme sur son vélo, et plus précisément pour découvrir la mémoire de cet homme qui se souvient. Pendant plus d?une heure et au rythme des coups de pédales cet homme, Samy Frey, va nous livrer ses pensées qui énumèrent ses souvenirs. Souvenirs clairs, enjoués, lointains qui surgissent sans logique et presque sans lien. Je n?ai pas joué à compter le nombre de fois où Samy Frey a prononcé le phrase « je me souviens » mais en revanche j?ai goûté avec délice chaque prononciation vive et juvénile de ces quelques mots sortant de sa bouche. Ce qui est excitant avec le texte de Georges Perec, c?est que les souvenirs qui s?enchaînent ont aussi bien attrait au sport qu?à la politique, à des chansons légères qu?à des réflexions plus profondes. Mais surtout ces souvenirs ne sont pas uniquement le fait d?une mémoire personnelle mais au contraire collective. Ce sont nos souvenirs communs que Samy Frey nous fait évoquer et partager. Ainsi la nostalgie qui accompagne les mots de l?acteur-cycliste gagne très vite le public qui lui répond par un sourire silencieux, des soupirs ou des exclamations de rire. Ainsi la pièce s?apparente presque à un dialogue silencieux mais complice avec un côté très ludique et léger. Ce théâtre de l?évocation berce gaiement le spectateur par l?intermédiaire de la voix doucereuse de Samy Frey qui emplit la salle, tout en nuances presque imperceptibles.
Quel regret de ne pas être plus vieux ! En effet on aurait tant aimé avoir connu ce monde d?il y a deux générations pour apprécier plus encore chaque référence, chaque objet l?espace d?une seconde recoloré. Mais étonnamment, même nous, « jeunes spectateurs » restons accrochés et séduits par ces souvenirs anodins et joyeux d?un quotidien qui aurait pu être le nôtre. On voudrait presque en savoir plus encore, que le texte explore plus loin chaque évocation. Mais sans cesse les « je me souviens » s?enchaînent, s?effacent et s?ajoutent les uns aux autres. Au final ils constituent d?abord cette mémoire collective qui touche chaque spectateur, mais ils forment aussi « la vie d?un homme » comme m?a fait remarquer ma voisine ce soir là. Ici se trouve la rareté de ce moment : le spectacle de la vie d?un homme qui a vécu dans le même monde que nous, a retenu nombre de souvenirs qui nous parlent pour la plupart aussi clairement, mais qui mis bout à bout forment son être propre. Depuis toujours on ne cesse de s?interroger sur qui l?on est pour soi et pour les autres. Peut-être est-ce tout simplement cela : nos souvenirs particuliers et partagés.
Au théâtre de la Madeleine, jusqu?au 31 décembre. 10 euros pour étudiants les mardis, mercredis et jeudis.
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1 commentaire(s)
Superbe pièce.
Un voyage à côté du type du vélo qui nous accompagne dans les souvenirs de notre jour-au-jour d'autrefois.
Il y a quelqu'un qui sache où l'on peut acheter une copie de cette pièce? Merci.
Silvia
Maryland - USA
par Silvia Catalano, le 2010-02-08 06:50:00
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