La profession de Madame Warren
le 18/03/2004 - par aurélie Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Une pièce de George Bernard Shaw, à la comédie des Champs Elysées jusqu'au 28 mars. Avec Clotilde Courau et Judith Magre, mise en scène de Michel Fagadeau Un conflit mère-fille de mauvaise qualité.
L?intrigue est simple : Vivi est une jeune fille qui a brillamment terminé ses études et qui a de hautes ambitions professionnelles. Elle reçoit la visite de sa mère, Madame Warren, accompagnée de ses amis Praed et Sir Croft. Cette visite va être l?occasion de révélations familiales : Madame Warren apprend à sa fille la façon dont elle a pu lui payer ses études. Car Madame Warren tient des « hôtels de luxe » quelque peu particuliers ; comment Vivi va-t-elle réagir face à la vérité ?
La confrontation paraît trop facile, car les caractères de nos protagonistes sont peu nuancés : d?un côté, nous avons la gentille fille sérieuse et bien pensante, et de l?autre, la mauvaise mère dévergondée et vulgaire. Ce manque de nuance ne vient pas de la pièce, mais du jeu des acteurs. Celui de Clotilde Courau dans le rôle de Vivi manque d?épaisseur : son ton semble affecté et la spectateur a du mal à se laisser convaincre de sa sincérité. Quant à Judith Magre dans le rôle de Madame Warren, elle réduit le caractère de cette dernière à des glapissements qui nous empêchent d?aller au-delà de cette apparence de vulgarité.
Pourtant la problématique de la pièce était intéressante : une relation mère-fille chaotique dans laquelle les rôles sont inversés, puisque c?est la fille qui semble faire la morale à sa mère. Mais à la longue, Vivi nous fatigue avec sa naïveté morale, et l?immaturité de Madame Warren nous désole, car la relation qui unit la mère et la fille ne parvient pas à nous toucher. Bien sûr on ne s?ennuie pas, mais malgré de bons seconds rôles (Jacques Boudet pour Praed, Gérard Caillaud pour Croft) la pièce n?a rien d?assez original ou d?assez émouvant pour être conseillée.
Faut-il donc penser qu?une pièce est irrémédiablement liée au contexte historique et social dans lequel elle voit le jour ? Au temps de George Bernard Shaw, la pièce avait fait scandale en raillant l?hypocrisie de la mentalité bourgeoise : comment, en effet, parler de la prostitution de luxe sans choquer ? La pièce avait d?abord été interdite en Europe. Sommes-nous donc devenus insensibles à cet avant-gardisme ? Encore une fois, la pièce n?est pas en cause. La sauce ne prend pas : la mise en scène et le jeu des acteurs manquent simplement d?oxygène et de légèreté. Car finalement, le meilleur moyen de créer des moments de tension et de gravité n?est-il pas de les mettre en valeur en les confrontant à leur inverse, à savoir des moments de légèreté ?
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