Interview exclusive de Ronan Rivière

le 25/08/2010 - par Emilie Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Esseclive a interviewé Ronan Rivière, producteur et acteur de théâtre, le 25 août 2010 à l'occasion de la programmation de la pièce "Chapeau Melon et ronds-de-cuir" au théâtre du Marais à Paris à partir du 19 septembre 2010.

Interview exclusive de Ronan Rivière

Retrouvez ici toutes les infos sur la pièce !

 

Bonjour Ronan, merci du temps que tu nous accordes !

Bonjour Emilie. C'est un plaisir. C'est moi qui te remercie.

 

Tout d'abord, peux-tu nous parler de la pièce dans laquelle tu joues et que tu produis Chapeau Melon et Ronds-de-Cuir ? Quelle histoire ? Quel public ? Quel ton ?

Chapeau Melon et Ronds-de-Cuir, ce sont six petites pièces de Courteline, un contemporain de Feydeau et Labiche qui fait une satire de l'administration et de la folie parisienne. Ce sont six pièces de 10-15 minutes chacune, qui se succèdent d'une façon très vive, très dynamique, en faisant apparaître les uns à la suite des autres des personnages hauts en couleur : ça va de l'employé buté des PTT au fou idéaliste, en passant par les fonctionnaires tire-au-flanc, les élégants escrocs... Bref un panorama du Montmartre des années folles, mais avec des situations et des thèmes qui restent très actuels.

C'est donc un spectacle tout public, à partir de 8 ans, pour des gens qui ont envie de découvrir ou redécouvrir Courteline.

On joue de façon simple, directe et énergique, et c'est cela qui fait que le public reçoit bien le spectacle, je pense. Notre metteur en scène a pour devise «Jouer la comédie sans savoir que c'en est une. » C'est ce qu'on a essayé de faire.

 

Pourquoi Courteline ? Quels sont les autres auteurs que tu apprécies jouer ou voir jouer ?

Outre le fait que Courteline est un grand auteur de comédies de mœurs (entré de son vivant au Répertoire de la Comédie Française, et à l'académie Goncourt !), et qu'en plus il plaise au public, je l'ai choisi parce que ses textes offrent des partitions d'acteur exceptionnelles. Ses personnages sont géniaux à interpréter parce qu'ils sont à la fois très réalistes, très sympathiques, et qu'en plus ils ont tous un léger grain de folie, une douleur profonde mais cachée... Ce qui fait que même après plus de cent représentations, je peux aller à chaque fois plus loin dans l'intimité que j'ai avec les personnages que j'interprète, creuser plus profondément dans leur sensibilité, et dans leur relation avec les autres. C'est passionnant.

J'aime les textes denses : Sophocle, Euripide, Eschyle, Molière et Shakespeare. Et il y a du Molière dans Courteline. Ses personnages sont, comme chez Molière, en prise avec une vraie tragédie, mais dans des situations absurdes, ridicules. C'est cela qui est drôle.

 

Tu as fondé la compagnie Voix des plumes, a réuni une équipe et a conçu ce spectacle. Comment as-tu connu / recruté les membres de ta troupe ? Comment as-tu réuni les fonds ? Quelles ont été les difficultés que tu as rencontrées ?

On est quatre sur scène (Tatiana, Jérôme, Michaël, et moi), et un metteur en scène nous dirige (Denis Souppe). Denis, c'est un type épatant, bourré d'humour et de talent, ce qui lui a valu de jouer avec des pointures comme Bouvard (dans Les Bouvards du rire sur Tf1) ou Jean-Laurent Cochet. Et c'est surtout quelqu'un qui a beaucoup plus d'expérience que nous quatre, puisque cela fait trente ans qu'il est comédien et metteur en scène. Quant à Tatiana, Jérôme et Michaël, ce sont des jeunes comédiens avec qui j'étais au Cours Simon, que j'ai toujours beaucoup admirés et aimés, et surtout qui correspondaient parfaitement aux rôles dans lesquels ils sont distribués.

Et au festival OFF 2009, alors qu'on était en production indépendante, on a rencontré les membres de Lemons Production, des jeunes producteurs très sympas, avec qui on s'est associé en coproduction depuis sur le spectacle. C'est eux qui nous fournissent les fonds dont a besoin.

Les difficultés qu'on rencontre, c'est les mêmes que toutes les jeunes compagnies... On a un spectacle qui marche, et on affiche complet depuis un an, on vend des dates en tournée, mais on n'a pas accès aux grandes salles parisiennes ou nationales. Parce que ces salles sont sous le contrôle d'une vraie mafia, dont il faut faire partie. Et pour cela, il faut encore qu'on attende... D'une certaine manière c'est logique, parce qu'on a commencé il n'y a que deux ans, mais d'un autre côté c'est rageant de galérer et de jouer à perte à Paris, alors qu'à Avignon on a rempli pendant toute la durée du festival (25 jours) une des plus grandes salles du OFF (le Palais-Royal Avignon, 200 places).

 

Quel a été l'accueil du public ? Comment vis-tu la rencontre avec le public ?

On a toujours eu un bon accueil, même si le premier mois d'exploitation, il y a deux ans, on avait peu de monde, le temps que le bouche-à-oreille se mette en place. C'était dur de jouer parfois devant une salle avec entre 10 et 20 personnes... Mais depuis un an et demi, on joue devant des salles bourrées à craquer, et avec des publics très généreux, et c'est vraiment enivrant et touchant, ça nous galvanise.

 

Peux-tu nous parler un peu de toi ? De ton parcours personnel et professionnel ? Qu'est-ce qui t'a amené de l'ESSEC au théâtre ? Est-ce que tu joues depuis tout petit ? Est-ce que ta formation d'ESSEC t'est utile dans ton quotidien et comment ?

J'ai suivi une formation professionnelle de comédien pendant 5 ans, d'abord au Cours Simon, puis au Studio d'Asnières. En fait pour être franc, j'ai commencé à prendre des cours parce que je m'ennuyais à l'ESSEC, et que j'avais envie de faire autre chose. Et puis, à force de répéter, de découvrir le théâtre dans ce qu'il a de plus humain, de plus profond et de plus généreux, de travailler sur moi-même, ma technique, ma sensibilité... J'ai fini par y prendre goût à tel point que c'en est devenu une drogue... Et l'idée de ne pas jouer ou répéter pendant plus d'un mois me rend malade.

Bref, j'ai fait en parallèle les deux formations pendant 5 ans, en donnant une nette priorité à ma formation théâtrale quand même, et j'ai réussi à finir les deux l'année dernière, à coups de Red Bull et de café.  

Et à partir de mi-novembre, je suis embauché sous contrat de professionnalisation au Théâtre National de Toulouse, comme artiste-Interprète, pour un an. Donc je mets un pied dans le théâtre public...

Mais bien sûr que ma formation l'ESSEC m'est utile !  En deux ans, j'ai dû créer une structure de production, organiser 109 représentations, dans 9 lieux différents, faire venir le public à coup de tracts, affiches, encarts, relations presse, professionnels et public, le spectacle a généré plus de 100 000 euros de recettes depuis deux ans. Je fais tout au sein de Voix des Plumes : de la stratégie, de la communication, du marketing, de la comptabilité, des prévisions, du droit... je remplis des contrats, des fiches de paie, je cotise auprès des neuf caisses pour l'intermittence... Heureusement que j'ai fait l'ESSEC ! Même si j'ai beaucoup appris sur le tas,  j'ai des réflexes. Et j'ai appris en prépa et à l'ESSEC qu'on pouvait apprendre à tout faire en y mettant l'effort nécessaire et en consultant les bonnes personnes.

 

Que conseillerais-tu à des étudiants qui souhaiteraient se lancer dans le théâtre ou le spectacle vivant d'un point de vue professionnel, soit pour jouer, soit pour produire des spectacles ?

Vous voulez être comédiens ? Vous avez raison. Allez-y, c'est génial. Ne réfléchissez pas ! N'écoutez pas les rabats joie ! Ce sera dur, évidemment, mais c'est justement ça qui est motivant ! Et si vous devenez réellement passionné, rien ni personne ne pourra vous empêcher de faire ce métier.

Un seul conseil : formez-vous ! Et ayez à cœur de vous donner les moyens de faire ce que vous voulez. Prenez des cours avec des vrais professionnels, des gens qui pourront vous apprendre que le théâtre, c'est tout sauf faire des effets, bouger et crier... Que c'est vous, quand vous êtes le plus naturel et le plus sincère face à la situation extraordinaire qui est écrite, que les gens veulent voir. Votre corps, votre sensibilité... Et plus vous êtes vous-mêmes, plus ils se reconnaîtront en vous.

Et si vous voulez faire de la production, vous avez toutes les armes pour, si ce n'est qu'il faut vous sensibiliser au monde du théâtre ... et l'apprivoiser.

 

Un petit mot pour ceux qui se désespèrent de trouver leur véritable voie dans cette école où les cours d'économie, pas plus que les stages en finance de marché, ne les passionnent ?

D'une part, ne soyez pas snob et ne pensez pas que c'est nul de faire de la finance ou de l'économie, ce n'est pas vrai. On peut être passionné par la finance autant que par le théâtre... Ensuite, de toute façon dans n'importe quelle profession, vous serez en lien avec l'économie et la finance. Reste à chercher le domaine dans lequel vous vous sentez le mieux.

 

Ton meilleur souvenir d'école et ton meilleur souvenir sur scène ?

Mon meilleur souvenir d'école, c'est une bouffe GH de Noël, on je me suis gobergé d'alcool et d'amitié.

Mon meilleur souvenir sur scène, c'était la centième de Courteline, au Palais-Royal d'Avignon, devant une salle comble, avec toute mon équipe de production d'Avignon qui débarque sur scène au moment des saluts, et mon cœur qui flanche sous l'émotion...

 

Et ensuite, les prochains projets que tu envisages ?

Le théâtre National de Toulouse, pendant un an... sur la création d'un spectacle pour la rentrée 2011. Et puis je vais continuer à produire Courteline en tournée et peut-être encore au festival d'Avignon 2011 mais je vais me faire remplacer comme comédien, puisque je serai à Toulouse... Et en début 2012, un autre projet de création avec Lemons Production... sur lequel on est déjà en train de travailler.

Pour finir, trois ou quatre bonnes raisons d'aller voir la pièce ?

- C'est drôle. Si, si, je vous assure, c'est marrant.

- Courteline est un génie. Si vous ne le connaissez pas, il faut absolument venir le découvrir. C'est une écriture extraordinaire.

- C'est l'occasion de venir dans une petite salle voir une jeune compagnie, avec des comédiens qui sont à peine plus âgés que vous. Et de sortir du circuit des grosses productions.

- C'est aussi l'occasion de faire une sortie entre amis, et d'aller dans un quartier de Paris génial ! Le théâtre du Marais est à deux pas de la place de la République.


Merci Ronan !

Propos recueillis par Emilie pour Esseclive le 25 août 2010


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