Les Bacchantes à la Comédie Française
le 13/12/2005 - par Anaïs Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !Dans l'ensemble, si les points d'excellence du spectacle ne parviennent pas à compenser ses insuffisances, la pièce, du moins, se fait entendre.
La pièce
Le jeune dieu Dionysos, fils de Zeus et de Sémélé (la Nuit) vient en Grèce enseigner aux femmes des rites nouveaux. Penthée, roi de Thèbes, ne l'entend pas de cette oreille ; il ne croît pas à la divinité du nouveau venu et met les Bacchantes aux fers. Seulement, on ne défie pas un dieu impunément, le Thébain ne tardera pas à l'apprendre.
Le metteur en scène, André Wilms, est un acteur de premier rang qui a été à bonne école ; sa prestation dans La Mort de Danton de Büchner, sous la direction du grand K.M.Grüber, a particulièrement marqué les esprits. Avec de tels antécédents, on aurait pu s'attendre à mieux. Son travail de mise en scène pour cette belle pièce d'Euripide, admirablement traduite par Jean et Mayotte Bollack , est inégal.
Guillaume Gallienne, qui incarne Dionysos, est une véritable caricature d' "acteur" dans son monologue liminaire : artificiel, poseur. En dépit de cette mauvaise entrée en matière, on le découvre finalement subtil, maniéré à bon escient, habilement flegmatique. Éric Ruf (Penthée) est le grand raté de la direction d'acteurs de Wilms, qui l'a fait criard et excessif (autant dire exaspérant).
La vraie bonne surprise est Martine Chevallier (Agavé, mère de Penthée), qui se sort avec maestria de ce rôle affreusement difficile (et affreusement affreux) de mère-bacchante que le dieu, avec cette ironie si caractéristique des habitants de l'Olympe, mue en instrument de sa vengeance. Il faut voir, ou surtout entendre, le moment où, tenant la tête de son fils tué de ses mains sous l'emprise du délire bachique, elle dit, de la voix blanche de celle qui n'est pas encore sortie de son rêve : "Je vois une grande douleur...". Cette femme-là fait entendre quelque chose à la tragédie.
Et puis il y a les bacchantes. Ce sont elles qui composent le chœur, assurant le contrepoint à la lutte de Penthée contre le culte nouveau. C'est là le miracle du théâtre, que le spectateur se trouve initié à des secrets et des rites qu'il n'est pas même donné de voir au roi de Thèbes. Les bacchantes donc; mignonnes (la voix d'Anne Kessler fait toujours son petit effet), unies et distinctes toi à la fois, clament la gloire de Dionysos le Rugissant. On ne prête guère attention au contenu de leurs tirades ; seulement, on prend quelque plaisir à leurs frimousses échevelées, à leurs gambades, et à la musicalité qui, au fur et à mesure que la victoire de Dionysos est assurée, envahit progressivement leurs appels devenus chants. La bacchanale est avant tout rythme, martèlement des bâtons sur la terre d'où naissent des ruisseaux de lait, percussion aux tempes du sang ivre du produit divin de la vigne.
Le dispositif scénique, lui aussi, n'est qu'à-demi convaincant. Pourquoi toutes ces couleurs de chambre d'enfant sur les colonnes du palais de Penthée?
Dans l'ensemble, si les points d'excellence du spectacle ne parviennent pas à compenser ses insuffisances, la pièce, du moins, se fait entendre. La représentation achevée, on a le sentiment d'avoir compris quelque chose à la Grèce, on s'est senti concerné par les dilemmes d'un paganisme vieux de plusieurs millénaires, par l'opportunité ou non d'honorer un nouveau dieu.
Dommage qu'une certaine pauvreté de jeu ne nous ait pas laissé entrevoir quelles pouvaient être les raisons pour un roi de rejeter des rites inédits.
Les infos pratiques
A la Comédie Française, Salle Richelieu, à 20h30 e soir et à 14h en matinée.
Du 1er Décembre au 25 Février, en alternance. Voir le calendrier.
Tarifs : 35e en catégorie A, 24€ en catégorie B et 10€ en catégorie C.
Bon plan tarif : 5€ en catégorie C et 10€ en catégories A et B, selon les places disponibles le jour même, 1h avant le spectacle.
1 commentaire(s)
je suis aller voir ce théâtre avec mon école il ya déjà deux semaines ,je l'ai trouvé plutôt pas mal et je vous souhaite une bonne continuation !!Au revoir
par luk, le 2006-03-06 19:36:00
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