Le Professionnel
le 03/02/2004 - par Laure Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Le Professionnel de Dusan Kovacevic
Le Professionnel
Theodor Kraj, très récemment nommé directeur d'une maison d'édition, reçoit la visite d'un inconnu portant une valise noire, Louka Laban. Ce dernier, ex-policier, lui avoue que pendant près de vingt ans il l'a suivi, poursuivi, sauvé la vie, haï, admiré : il était en effet chargé par les services secrets de Tito de surveiller ce personnage "problématique".
Dusan Kovacevic, auteur central de la scène serbe, nous donne à voir l'émotion de deux hommes : l'un veut régler ses comptes avec le vie avant de prendre sa retraite, l'autre redécouvre son passé, l'un est devenu humble chauffeur de taxi à cause de la chute du régime titiste, l'autre bénéficie d'une promotion grâce à ce même événement?L'intimité se crée finalement entre les deux hommes, malgré les doutes et la méfiance initiale de Kraj, l'ancien traqué.
Au fur et à mesure de la pièce, la musique traditionnelle serbe remplace la parole dès que l'émotion de Kraj devient trop forte, lorsqu'il retrouve des objets qu'il a semés sur son passage durant sa vie.
Kraj, qui se voulait homme de lettres, écrivain, mais qui n'a écrit que deux livres, reste abasourdi quand le "camarade Louka" lui confie quatre ouvrages, dossier policier transformé en dossier littéraire, suite de discours nés de l'éthylisme, du narcissisme et surtout de l'anti-communisme de l'artiste.
Le Professionnel a connu un succès retentissant à Belgrade pendant douze ans, signe que cette pièce est totalement inscrite dans l'histoire, le réel. Elle nous interroge sur le rôle des intellectuels dans la société, notamment en politique : Kraj lui-même nous fait part de son désenchantement et de son impuissance. Pourtant, à son insu, c'est lui qui a indirectement poussé le fils de Louka à émigrer pour dénoncer le régime de Tito?
Ainsi, grâce à cette filature avouée, Kraj revisite son passé et y trouve plus de valeur qu'il ne croyait. Sa mémoire retrouvée lui redonne confiance en son talent, en son influence, tout en lui faisant prendre conscience de ses failles. Etre un instant spectateur de sa vie, c'est-à-dire se voir soi-même de l'extérieur, d'un autre point de vue, peut donner le vertige (comment fait-on pour oublier plus de la moitié de notre propre vie ?), mais permet ici à Kraj de trouver un sens à ses actions, que lui-même n'avait pas su percevoir.
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