Père à la Colline
le 22/03/2006 - par Dorothée Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !Les Suédois sont toujours à la mode, pour le plus grand plaisir du public parisien qui découvre avec Père de Strindberg une tragédie magistrale et visionnaire.
La pièce
Père est l'un des spectacles de la saison à ne pas manquer d'abord parce que c'est une tragédie irréversible au mécanisme fascinant et ensuit parce qu'elle est visionnaire et brosse un portrait des femmes russes tout à fait passionnant. Enfin, la mise en scène actuelle fait corps avec le texte de Strindberg en faisant ressortir les rouages de la tragédie.
Tout commence dans la maison du capitaine du régiment, nimbée d'une lumière verte. Nöjd se fait sermonner parce qu'il a engrossé une fille de la cuisine et refuse de se marier avec elle. Il argue qu'il ne peut entretenir une femme et un enfant dont il n'est pas sûr d'être le père : « on ne peut pas savoir qui est le père ». Cette simple phrase déclenche la tragédie. Elle sera l'instrument ultime de Laura, la femme du capitaine, pour semer un doute létal dans la tête et surtout dans le cœur de son mari. Car si la pièce ne commence que ce soir, la guerre sans merci que se livrent Laura et le capitaine a commencé il y a vingt ans déjà : elle intercepte ses lettres, ses livraisons d'ouvrages scientifiques, elle le fait passer pour ou auprès de ses amis les plus intimes et monte sa propre maison contre lui. Le capitaine se fait de plus en plus taciturne et ses accès de colère contre celle qui a été un jour l'objet de toutes ses attentions atteignent des sommets de violence.
L'enjeu qui cristallise leur haine ce soir est Bertha, leur fille : le père souhaite qu'elle quitte le foyer familial pour échapper à une coalition malsaine de femelles tandis que la mère revendique le droit de garder son enfant auprès d'elle. Les scènes défilent : le budget, l'arrivée du médecin, les attentions de la nourrice… Dans chacune le spectateur comprend que Laura domine son mari et qu'elle ne lui fera aucune concession : ce sera leur fille ou ce sera la mort de son mari.
La mort elle la lui donnera avec la complicité du médecin et du pasteur son frère. Pris par l'engrenage machaivélique de Laura il proneront l'enfermement du capitaine et Margret, la fidèle nourrice du capitaine dans une scène touchante à en pleurer lui passera la camisole de force.
Machiavélique, implacable, manipulatrice, omnipotente… Strindberg se déchaîne. La femme menace l'homme en ce début de siècle : elle refuse d'être dominée dans le couple, elle revendique le droit d'élever son enfant ou du moins d'avoir un droit de regard sur son éducation. Strindberg brosse un tel portrait de Laura qu'il semble personnellement agressé par cette révolte. La pièce est visionnaire du point de vue de la révolte féminine mais aussi du point de vue du mariage : elle dénonce le mariage arrangé. Pure transaction commerciale, celui-ci s'avère désastreux dans ce contexte.
Le texte de Strindberg a beau être riche et magnifique intrinsèquement, il n'en reste pas moins que la mise en scène de Christian Schiaretti est réussie dans le sens où elle souligne les rouages de la tragédie tout en mettant en valeur l'aspect visionnaire. En effet, le décor est très dépouillé pour mieux laisser place au corps à corps – au cœur à cœur – de Laura et du capitaine. La lumière est verte, vert bouteille, et le plafond fait penser à un toit d'entrepôt qui descend lentement sur la scène avant l'issue fatale de la pièce comme pour oppresser encore le spectateur.
Finalement, Père est une tragédie sociale passionnante qui ne nous laisse pas en repos un instant. Si l'on n'en ressort pas plus optimiste, on en ressort plus grand.
Les infos pratiques
Au théâtre de la Colline, Grand Théâtre, 15 rue Malte Brun, métro Gambetta.
Du 14 Mars au 8 Avril. Du mercredi au samedi 20h30, mardi 19h30, dimanche 15h30
Tarifs : Plein tarif 26€, le mardi 18€, moins de trente ans 13€
1 commentaire(s)
Les pièces à voir en ce moment, qui font évènement à paris: c'est Le Gardien d'Harold Pinter, avec Robert Hirsch. C'est à dire l'auteur anglais contemporain le plus drôle interprété par un des comédiens les plus géniaux. C'est au théâtre de l'Oeuvre.
Si vous voulez du classique, il faut aller voir Il campiello au francais.
Sinon, il y a Jean Reno qui joue au théâtre Edouard VII.
Ce sont les trois pièces qui font sensation en ce moment.
Si ca vous tente toujours pas, allez voir Francis Perrin, ou Pierre Vaneck qui se produisent sur scène à paris en ce moment aussi. On est jamais décu par des acteurs comme ca.
Cordialement.
par Ronan, le 2006-10-22 17:18:00
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