"Retour au désert" de Koltès, à la Comédie Française
le 20/03/2007 - par Sophie Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Famille, je vous hais. Mathilde, soeur exilée en Algérie, débarque dans l'univers provincial français d'Adrien, le frère bourgeois parvenu, après une absence d'une quinzaine d'années. Jusqu'au 9 Juin 2007 à la Comédie Française
Acte 1, les personnages sont posés : la sœur très énervée, le frère très parvenu, le fiston un peu idiot, la femme du frère ridiculement bigote. Restent dans ces portraits sans concession, les 2 enfants de la sœur, ses « accidents », étranges, parfois émouvants, décalés du monde des vivants, de ces vivants qui mentent et s'enferment pour mieux se détester. Restent aussi les 2 servants : Madame Queuleu et Aziz, cet « autre », tantôt dénommé « domestique », tantôt l' « Arabe », un étranger pourtant bien français lorsqu'il s'agit d'accomplir ses obligations militaires.
Car la force de la pièce est aussi de s'inscrire dans un temps particulier de l'Histoire de France, celle des évènements d'Algérie, fil rouge menaçant de la pièce. Mathieu, le fiston, rêve de devenir un héros de guerre pour dépasser le pré-carré oppressant de son jardin, cloisonné par un père qui voit dans son fils aux pieds plats le repreneur de son Usine (« il faut respecter la tradition »), cette chose dont il a héritée et qu'il présente comme un trophée qui lui a ouvert les portes du monde bourgeois, lui a permis d'épouser une femme de ce milieu et d'avoir ses entrées auprès des notables de la Ville.
La pièce se déroule ensuite de manière limpide, jonglant astucieusement entre monologues et répliques acérées, entre insultes au grand jour et confidences de la nuit, cette nuit qui annule les mensonges de la journée pour laisser paraître la vérité des cœurs, des peurs, des solitudes. La nuit, tout prend sens. Les véritables motivations de Mathilde sont enfin dévoilées et Koltès questionne la relation fraternelle comme une ambivalence amour-haine dans un final où les masques sont tombés et les égoïsmes totalement libérés.
Le choix d'intégrer cette avant-dernière pièce de Koltès (écrite en 1988, 1 an avant sa mort - et avant « Roberto Zucco ») dans le répertoire de la Comédie Française est une évolution assez logique. L'institution plusieurs fois centenaire, n'est-elle pas après tout l'héritière directe du Théâtre de Guénégaud de Molière, dont on connaît la dénonciation acérée des moeurs bourgeoises et des hypocrisies familiales ? Ce choix fait par l'ancien administrateur, Marcel Bozonnet, a été repris par Muriel Mayette qui lui a succédé à l'été. L'ancienne comédienne s'est emparée de la pièce pour en signer une mise en scène souvent burlesque, grotesque, parfois poétique, toujours millimétrée et aidée par des immenses décors gris et massifs. Le jeu est parfait et les rôles semblent taillés sur mesure. On appréciera particulièrement la prestation des 2 protagonistes, Martine Chevallier et Bruno Raffaelli, oscillant entre drame et boulevard, ainsi que celle plus mineure de Michel Vuillermoz (Plantières), que l'on retrouve jusqu'à fin Avril dans le rôle du tonitruant Cyrano, autre grand succès de la troupe cette année.
Informations pratiques :
Jusqu'au 9 Juin 2007 à la Comédie Française, salle Richelieu
Représentations en soirée à 20h30, en matinée à 14h (en alternance avec les autres spectacles – voir le calendrier sur le site : www.comedie-francaise.fr)
Achat des places et prix des billets :
Au guichet, à partir de 14 jours avant la représentation
Tarifs avantageux pour les adhérents Fnac.
Pour ceux qui préfèrent des tarifs dernière minute, 1h avant le spectacle, places mises en vente pour les -28 ans à 5,5€ en catégorie C ou 12€ en catégorie A ou B, selon places restantes.
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