Cardillac à l'Opéra Bastille
le 04/10/2005 - par Sophie Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !A déconseiller aux amoureux du romantisme en musique, adeptes des effusions et des grands airs populaires mais à fortement recommander aux plus courageux !
La critique :
La musique d'Hindemith ne transporte pas. Elle refuse les effusions pour accentuer le côté psychologique du drame qui se joue sous nos yeux. Mais l'on ne peut s'empêcher de frissonner dès que le rideau s'ouvre et que le chœur des habitants de Paris entame son chant de peur. Une peur prenante, oppressante, qu'Hindemith s'ingénie à ne pas épargner au spectateur d'abord méfiant puis totalement séduit par la direction du chef japonais Kent Nagano. Il faut dire, le pari n'était pas gagné d'avance : cet opéra « néo-baroque » selon les termes mêmes de son compositeur allemand Paul Hindemith, créé en 1926, n'avait jusqu'à présent été présenté qu'une seule fois, il y a 10 ans, par Marek Janowski. Mais c'était sans compter sur l'alchimie que crée sur scène l'association Engel – Nagano. D'un côté donc, André Engel, metteur en scène que l'on ne présente plus, associé à son fidèle acolyte Dominique Muller et qui prouve ici une fois de plus sa préférence pour la création allemande. De l'autre côté, un directeur musical internationalement reconnu en la personne de Kent Nagano. Enfin (et comment l'oublier dans ce spectacle ?) les décors art nouveau exceptionnels de Nicky Rieti habillent la scène de l'Opéra Bastille pour nous replonger dans le Paris de l'entre-2-guerres, celui de l'élégance et du raffinement, mais aussi celui de l'inquiétude quant à la montée des tensions en Europe.
Toute la noirceur de l'opéra se focalise sur un personnage fantomas-tique : Cardillac. Cardillac, l'orfèvre de génie dont la beauté « surnaturelle » des bijoux fascine le tout-Paris. Mais aussi Cardillac que Paris prend en pitié lorsque ses bijoux finissent l'un après l'autre baignés du sang de leurs acquéreurs, tués par un mystérieux réseau d'assassins, selon la rumeur courant dans les beaux salons. L'attachement de Cardillac pour ses créations n'a d'égal en intensité que le mépris qu'il porte à sa fille, car selon lui l' « on ne peut aimer que ce que l'on possède entièrement ». Mention spéciale à cet égard à Angela Denoke, éblouissante en fille délaissée, esclave psychologique de son père au point de refuser le bonheur promis par son amant. L'opéra bascule dans le drame lorsque la vérité se dévoile et fait tomber les masques : Cardillac tue pour récupérer « son » bien. Le drame psychologique est noué lorsque l'amant de sa fille acquiert « sa » chaîne, sa plus belle création, de cet or « né des entrailles de la terre », se condamnant ainsi à une mort certaine. Il ne reste plus au spectateur qu'à se laisser transporter jusqu'au paroxysme de la tension, dans une dernière scène où le peuple bourgeois parisien se transforme en meute affamée rendant sa justice, celle de la violence et de la terreur.
Au final, si le conte d'Hoffman perd en suspense quant à l'intrigue criminelle, il gagne énormément en intensité et en questionnement, tant sur le mystère de la création, que sur le personnage même de Cardillac, monstre et génie à la fois. A déconseiller aux amoureux du romantisme en musique, adeptes des effusions et des grands airs populaires mais à fortement recommander aux plus courageux !
Les infos pratiques :
A l'Opéra Bastille les 28 septembre, 1er, 8, 11, 14, 17, 20 octobre 2005 à 20h. La représentation dure 1h30 sans entracte. Si vous n'avez pas pu profiter des bons plans DésArtsonnés les 24 ou 28 septembre, vous pouvez toujours tenter votre chance en vous présentant 30 minutes avant la représentation au guichet pour obtenir des places non vendues en orchestre à 25 euros. Tactique risquée d'autant plus que le spectacle a des très bonnes critiques mais tactique intéressante en cela que cet opéra est réputé difficile et a été fui par certains des abonnés institutionnels...
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