Coda aux Ateliers Berthier (Théâtre de l'Odéon)
le 06/12/2005 - par Anaïs Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Attention : il ne faut pas vous attendre ici à voir "une pièce de théâtre". Pensez plutôt : une installation, un grand collage, un morceau de son et de mouvement, un mix.
La pièce
Attention : il ne faut pas vous attendre ici à voir "une pièce de théâtre". Pensez plutôt : une installation, un grand collage, un morceau de son et de mouvement, un mix.
Pendant les cinq premières minutes, il y a vraiment de quoi s'effrayer, tant le spectacle s'annonce frugal. Tout de même, le regard se laisse prendre à l'espace donné à voir (il n'y a pas lieu de parler de "scène") : une sorte de labyrinthe, bientôt mouvant, de pans de bois et de toile, quelque chose comme les coulisses d'un grand studio ou un chantier sans devenir. Surtout, le fond aspire, il semble ouvrir sur le dehors ; notamment quand (alors que l'heure "réelle" est à la nuit) il se trouve éclairé par une lumière qui ressemble à s'y méprendre à celle du soleil.
Là-dedans évoluent quelques acteurs des deux sexes, disparates et anonymes, visiblement très concentrés. Les hommes ressemblent à des commis aux écritures tirés d'un bureau des années quarante, mais affublés de jupes de jeunes mariées. Les femmes sont plus vives, toujours un peu actrices, un peu objets, un peu folles. Tout ce monde-là se meut, déplace des pans de décor, vient placer un récitatif vite happé par la bande-son omniprésente : rumeur, bel canto, ressac. On comprend vite que tout cela n'a pas prétention à signifier. Impossible de faire le lien entre une phrase et celle qui la suit, entre un changement de lumière et la solennité avec laquelle un acteur étreint un meuble. Il y a de la langue italienne, de la langue allemande, de la langue française, des attitudes et de l'espace, tout cela simplement vient, échoue là. Le spectateur est mis en position d'écoute flottante, avec le risque du demi-sommeil. On pense à beaucoup de choses, à des débris du siècle dernier, au Requiem pour un jeune poète de Zimmermann, au morceau de tapisserie à bambous collé au plafond, au murmure d'une prière, à une réminiscence de Kantor... Le spectacle est court, cela suffit.
L'ensemble manque d'humour, exception faite d'un passage, de loin le meilleur, sorte de ballet joueur (jeu avec la femme, jeu avec les inflexions de la langue italienne). La fin est facile : le noir et Bach, on comprend qu'il n'y a rien à ajouter. Tout cela laisse des regrets. Les jupes agacent, le trop de musique agace. Puisqu'il ne s'agit que du bruissement de la langue, mis sur le même plan que le grincement d'un pan de bois et que l'oscillation d'un projecteur, pourquoi être allé chercher de si beaux textes - Kafka, Artaud, Dante, Hölderlin - que de toute façon l'on n'entend pas ? Pourquoi ne pas s'en être tenu aux mots de la tribu ? Sans compter que CODA, qui se veut sans doute à la pointe de la modernité esthétique, ne fond en son magma que des scories du passé.
Un regret enfin, celui-là presque inadmissible : d'avoir pris plus de plaisir à écrire sur CODA qu'à voir CODA.
Les infos pratiques
Aux Ateliers Berthier : 8 boulevard Berthier - 75017 Paris
(m° Porte de Clichy)
Du 1er au 17 Décembre, 17h et 20h le samedi / 15h et 18h le dimanche
Tarif billetterie DesART : 13€
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