Dona rosita la célibataire ou le Langage des fleurs aux Amandiers (Nanterre)

le 07/02/2006 - par Anaïs Il y a 3 commentaires. Réagissez vous aussi !

Curieux spectacle. De la part de Mathias Langhoff, on ne s’attendait certes pas à quelque chose d’ordinaire. Pour autant, si l’on se trouve indubitablement en face d’un travail original, le bilan est très mitigé.

Dona rosita la célibataire ou le Langage des fleurs aux Amandiers (Nanterre)

 La pièce

Curieux spectacle. De la part de Mathias Langhoff, on ne s'attendait certes pas à quelque chose d'ordinaire. Pour autant, si l'on se trouve indubitablement en face d'un travail original, le bilan est très mitigé.
Cela faisait longtemps que Langhoff, qui commence à avoir l'habitude de travailler sur des textes de langue espagnole, avait des comptes à rendre avec Lorca ; la dimension d'hommage rendu à l'incontournable andalou apparaît à travers des images d'archives, le sourire de Lorca, projeté sur un rideau qui se découvre vocation d'écran.

Le dispositif scénique est proprement hallucinant. Un plateau tournant, composé de plusieurs cercles concentriques, nous permet de « tourner en rond » au sens propre dans l'espace clos du domaine de Don Cristobal, oncle de Rosita et fou de roses. Des roses énormes sur une toile peinte, une porte dans un piano à queue, une serre, une fontaine, un grand escalier de faux marbre, un appentis, un orchestre, un salon bourgeois rempli de ces curieuses banquettes qui permettent de se parler en tournant le dos (on imagine aisément comment la dramaturgie peut en user), tout cela compose une sorte de pièce montée kitsch. L'ennui, c'est que ce parti-pris de froufrous, de musiciens en veste d'Elvis, et autres saturations de l'espace, ne fonctionne qu'à mi-temps.

Rosita est fiancée à son cousin ; celui-ci est appelé de l'autre côté de l'océan, pour cultiver les terres américaines de son père. Pauvre Rosita : la voilà condamnée à attendre toute ça vie ce mauvais fiancé qui ne reviendra pas. Comme la rose mutable, perle des roseraies de son oncle, elle passe le temps d'une vie du rouge-feu au blanc de la vieille fille. Rosita est grenadine par la ville, la couleur et l'aspect sirupeux. Le costume joue à fond de l'analogie avec la rose ; après tout le sous-titre de la pièce est bien « la célibataire ou le langage des fleurs ». Sa robe à gros chouchous et pétales passe, au fil de la pièce, du rouge corail au rose fané. Si cela fait sens, le résultat premier est tout de même d'enlaidir la pourtant fort belle Emmanuelle Wion, et de mettre à distance ce personnage dont on se désintéresse à peu près. C'est la vielle nourrice (Evelyne Didi), qui en définitive remporte els suffrages. Jamais en panne de bonne énergie, lucide comme souvent au théâtre les petites gens, elle nous attache et nous emporte tant qu'elle peut dans cette vieille Espagne, terre de croyance et de superstition.

Dans l'ensemble, il y a des hauts et des bas, sans que l'on en retire pour autant le frisson des montagnes russes. Le début est mou ; celui de la seconde partie plus encore. Les passages dramatiques dans l'ensemble ne passent pas ou mal, malgré quelques idées : l'étouffement, palpable, dans cette serre où les roses en seront pas cueillies ; Rosita qui livre son trouble en faisant des gammes ; la belle gifle, toute de fierté latine, qu'elle donne au traitre fiancé.
La tante de Rosita (Agnès Dewitte) commence mal : gueularde, brusque ; sa scène avec le cousin est sans finesse.
Puis viennent les moments où Langhoff lâche tout, et où se produit ce qui devrait avoir lieu tout du long : la mayonnaise prend. Le spectateur se trouve embarqué dans un vaste délire, farce, musique et danse se mélangent pour donner lieu à un grand n'importe quoi du plus bel effet. On donnera un coup de chapeau tout spécial à Gilles Privat, chantre de la modernité puis mère de trois laiderons habillées comme des boîtes à dragées. De même, si la deuxième partie du spectacle est plutôt pesante dans l'ensemble, peu rythmée et peu convaincante, la bonne surprise vient en « bonus track », après les saluts, avec le « rêve de la nourrice », un quart d'heure surréaliste (Salvador Dali était un grand ami de Lorca), burlesque et truculent à souhaits.

Pourquoi diable n'a-t-on pas eu trois heures, si ce n'est comme cela, du moins sur le même rythme, avec une audace qui dépasse et fasse admettre celle du décor ? Et pourquoi de pas avoir donné mieux à entendre un texte dont la densité poétique, si on ne la fait pas un peu sonner (merci à Trinidad Iglesias de nous faire entendre Grenade) peut devenir écœurante ? …

 

 Les infos pratiques

Hélas, c'était la dernière aux Amandiers hier... Une ciritque pour la plaisir, donc !


3 commentaire(s)

Ce spectacle était magnifique, bouleversant, avec une intensité que l'on voit rarement malgré cet article mi-figue, mi-raisin. Il m'est malheureusement difficile de le critiquer de manière argumentée tellement je suis restée ébahie... Mais c'est à voir, définitivement. Et avant de critiquer ainsi ce magnifique spectacle, évite de faire des fautes d'orthographe, car Langhoff, lui, n'en a fait aucune. La poésie du texte était bien là, mais, je crois, tu as du mal avec ce qui concerne le langage vu ta critique de Coda, du Théâtre du Radeau, spectacle que tu n'as absolument pas compris... Renseigne-toi un peu sur leur travail et leurs objectifs, cela t'instruira sûrement beaucoup. Pour revenir à Langhoff, "les froufrous et la saturation de l'espace" sont le témoin d'une culture, d'une époque, mais aussi d'une esthétique. Ce n'est pas seulement rococo, cela est signifiant, au même titre que la métaphore filée de la robe que tu as bien relevée. Mais c'est vrai que l'épuration du décor comme le parfum de la rose qui s'évapore lentement, comme les rêves envolés et témoin d'une époque révolue, c'est un peu moins évident à comprendre qu'une robe qui, simplement, change de couleur au fil des parties. Je me suis d'ailleurs demandée si cela n'avait pas été fait en partie pour les gens qui n'auraient pas bien compris, ou du moins qui ne comprendraient pas le reste de la pièce. Enfin, je dirai que les acteurs étaient vraiment bons, et tous emprunts d'une très belle énergie, histoire de contrebalancer un peu ces critiques au niveau du rythme. Dire que la première partie était molle est tout à fait inexact. Mention spéciale au son, qui a été un véritable bonheur dans cette pièce. Nous avons pu assiter au changement de paysage sonore qui s'est produit, dans notre monde occidental, à la charnière des deux derniers siècles, nous suggérant ainsi tout ce que cela à engendré (lisez à ce propos Le Paysage sonore, de M. Shaffer). Et l'environnement sonore créé grâce à la scénographie, aux costumes et aux accessoires, ainsi que par les comédiens était d'une rare finesse... Une conception sonore globale vers laquelle le théâtre devrait tendre... Quelque peu déçue de ne pas t'entendre parler du son, puisque ta critique véhémente de Coda à ce propos m'avait fait penser que tu t'y interessais. En fait non, tu ne le comprends pas et c'est tout. "A découvrir absolument" (sans l'ironie de Diabologum)
par Mélissa, le 2006-05-25 12:00:00

Chère Mélissa, pourquoi ne pas répondre à l'article sans attaquer personnellement son auteur? je trouve que cela étouffe ton propos, au demeurant très intéressant. L'agressivité n'est jamais un gage de pertinence. (PS : étonnée d'ailleurs que tu aies trouvé "véhément" mon texte sur Coda, qui n'exprimait pas d'avis ni positif ni négatif)
par Anaïs, le 2006-05-30 11:11:00

Serait il possible de me procurer le texte du troisieme acte de cette piece? hispanophone, Je tente une traduction libre de l'oeuvre de Garcia Lorca et toutes les évenements ou cet oeuvre a été produite et revisité m'intéressent. Si vous pouvez m'orienter veuillez me contacter sur myrblla@hotmail.com, ou lili_bonilla@yahoo.es merci beaucoup
par bonilla, le 2010-10-07 16:45:00

Ecrire un commentaire
 

En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.

SONDAGE

Connectez-vous pour voir le sondage !

Abonnez-vous au Mag'

 Abonnez-vous au Mag' ESSEClive // Syndicate to ESSEClive Mag'

Abonnez vous au Mag ESSEClive

Abonnez vous au Mag ESSEClive sur Netvibes

Abonnez vous au Mag ESSEClive sur iGoogle

 Abonnez vous au Mag ESSEClive sur Yahoo

Facebook fan page


vers Abonnez-vous au Mag'

Adresses & renseignements

Retrouvez les adresses de tous les théâtres dont les pièces sont critiquées sur le site:

Théo Théâtre
20 rue Théodore Deck 75015 PARIS
tél : 01 45 54 00 16
M° : Convention, Boucicaut ou Porte de Versailles

Théâtre des 3 Bornes
32 rue des 3 Bornes 75011 PARIS
tél : 01 43 57 68 29
M° : Parmentier

Théâtre Tristan Bernard
64, rue du Rocher 75008 PARIS
tél : 01 45 22 08 40

Théâtre de la Porte-Saint-Martin
16 bd St Martin 75010 PARIS
tél : 01 42 08 00 32

Comédie française-Salle Richelieu
1, place Colette 75001 Paris
tél : 01 44 58 15 00
M° : Musée du Louvre

Comédie française-Vieux Colombier
21 rue Vieux Colombier 75006 PARIS
tél : 01 44 39 87 00
M° : Saint-Sulpice

Théâtre Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles 75017 PARIS
tél : 01 43 87 23 23
M° : Villiers, Rome

Théâtre Marigny
Carré Marigny 75008 PARIS
tél : 01.53.96.70.00
M° : Champs Elysées-Clémenceau, Franklin Roosevelt

Théâtre Edouard VII
10, place Edouard VII 75009 PARIS
tél : 01.47.42.59.92
M° : Opéra, Auber

Palais des Glaces
37 r Fbg du Temple 75010 PARIS
tél : 01 42 02 27 17
M° : Goncourt

Théâtre de Poche Montparnasse
75. Bld Montparnasse 75006 PARIS
tél : 01.45.48.92.97
M° : Montparnasse

Comédie des Champs-Elysées
15, av. Montaigne 75008 PARIS
tél : 01.53.23.99.19
M° : Alma-Marceau

Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins 75008 PARIS
tél : 01.42.65.90.00
M° : Madeleine, Saint-Lazare

Espace Marais
22 r Beautreillis 75004 PARIS
tél : 01 48 04 91 55
M° : St-Paul

Théâtre de Nesle
8 r Nesle 75006 PARIS
tél : 01 46 34 61 04
M° : Odéon

Théâtre Michel Galabru

4, rue de l'Armée d'Orient

tél: 01 42 23 15 85

M°: Blanche


vers Adresses & renseignements

Edito

La rubrique Théâtre c'est :

- Une sélection de pièces à Paris et en proche banlieue avec, pour chaque pièce, un résumé et les infos pratiques.
- Des critiques des pièces par l'équipe du magazine.
- Un encart théâte classique, pour les inconditionnels.
- Des actus festivals / le programme de l'Opéra et les bons plans pour assister aux spectacles sans se ruiner et d'autres suprises toute l'année.

Le magazine recrute : critiques en herbe, lancez-vous et venez enrichir ces pages avec vos impressions. Contactez nous !


vers Edito