"Just for show" par la compagnie DV8 au théâtre de la Ville
le 22/10/2005 - par Sophie Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !Le retour très attendu du chorégraphe Lloyd Newson et de sa compagnie hors norme DV8, dans un spectacle étourdissant mêlant danse, théâtre et videos.
La critique :
Silence dans la salle, le générique commence. Si, si vous avez bien lu, le générique commence. Chorégraphe mais aussi homme de théâtre et cinéaste, Lloyd Newson mélange les genres avec une facilité éblouissante. La scène se transforme soudain en poste de télévision ; du tube cathodique sortent des danseurs effectuant des exercices classiques alors que sur l' « écran » se déchaînent les projecteurs vidéos, dans un ballet frénétique de motifs géométriques à base du mot « show » qui constitue le titre du spectacle. On retient alors sa respiration, complètement hallucinés par une entame aussi inattendue qu'envoûtante. De manière tout aussi brutale, les rideaux rouges tombent pour laisser entrer sous les applaudissements enregistrés l' « hôtesse » de la soirée, l'ébouriffante et polyglotte Tanja Liedtke, véritable fil rouge de charme du spectacle, tout à la fois femme fatale et femme-poupée écervelée transportée sur un caddie de supermarché, récitant son texte en adoptant des poses « sociales » montrées dans tout leur grotesque : ce sont en fait les hommes qui manipulent ce corps-pantin dans une scène très drôle mais déjà très satirique dans laquelle la femme assure que le plus important est d'être indépendante… Car Lloyd Newson est un chorégraphe engagé, témoins en sont ses derniers spectacles présentés à Paris comme « Bound to please » ou « Cost of living ». « Just for show » est en fait une sorte de cabaret, avec sa galerie de personnages extrêmes à laquelle il faut ajouter la présence continu et très intelligente de la video, véritable élément modélisateur du spectacle. Souvent, le doute s'installe : videos ou personnages ? virtuel ou réel ? Où commence et s'arrête l'illusion ? Les danseurs se figent pour devenir des impressions photographiques ou bien au contraire ils entrent réellement dans la video pour jouer avec elle et ne faire plus qu'un avec leur double virtuel. Le travail millimétré de DV8 est indescriptible et demanderait sans doute une deuxième représentation pour en saisir toute la complexité.
Au contraire, la satire est beaucoup plus évidente et se fait même parfois au détriment du spectacteur. Ainsi, vers la fin du spectacle, Tanja Liedtke réunit les personnages sur scène pour les présenter à la salle. L'aspect très comique donné à cette scène conduit le spectateur à suivre tel un mouton de Panurge tout ce qui lui est dit de faire, et après avoir applaudi « le mari menteur et sa femme qui fait comme si tout allait bien », on se surprend à acclamer dans l'euphorie générale celui qui « a le SIDA et est séropositif », l' « anorexique », la « trop grosse pour jouer dans la pièce » et « celui qui croit encore en Dieu ». Pris au piège, le spectateur continue cependant à applaudir avec autant de vigueur ces caricatures d'êtres humains qui ne sont finalement que le reflet de notre société. Il n'est plus alors ici question de danse mais de véritable théâtre où la parole reprend une place importante pour faire tomber les masques, dévoiler les mensonges et dénoncer le paraître.
Pour ceux qui craindraient de ne pas voir assez de danse, il faut les rassurer : le spectacle entraîne le spectateur dans un flot de mouvements et de performances solos auxquelles Lloyd Newson nous a habitués (il avait ainsi créé dans des spectacles précédents des chorégraphies pour « Miss Pussy », danseuse hallucinante de 60 ans ou pour David Toole, cul-de-jatte aux performances physiques inégalables). Le bellâtre Paul White (« qui se croit meilleur que tout le monde ») se débat dans ses habits bleus avant de nous lancer un « Love me tender » retentissant… les jambes en l'air…Les corps se cherchent, se débattent et lorsqu'ils se trouvent se repoussent. La jeune fille à la robe rouge est la seule qui n'est pas présentée au spectateur : son rôle est assez flou, tantôt maîtresse du mari, tantôt voyeuse des couples amoureux et souvent simple élément fantomatique errant sur scène et même dans les travées de la salle... Que représente cette fille perdue qui débite son texte incompréhensible avec une timidité touchante ? Seulement l'antithèse de la marionnette Tanja Liedtke qui lui coupe la parole pour choisir son « right man » parmi les spectateurs ? Sûrement, mais elle est aussi la victime de cette société si bien dépeinte par Newson.
Au bout d'une performance qui passe trop vite, il faut encore saluer l'idée simple mais efficace d'envoyer les danseurs/acteurs (ou acteurs/danseurs ?) serrer des mains dans le public en arborant leur plus beau sourire. La compagnie DV8 (prononcez « Deviate ») est décidément une troupe à part.
A visiter d'urgence :
Si vous voulez avoir un petit aperçu du spectacle, cliquez sur le lien suivant http://www.dekretser.com/efliers/dv8/flier.htm?eid=elist (encore à la limite du cinéma, Newson nous propose ici une véritable bande-annonce)
Les informations pratiques :
Du 20 au 29 Octobre à 20h30 au théâtre de la Ville. Spectacle complet donc bravo aux chanceux qui avaient pensé à réserver leurs places ! Officieusement, possibilité de racheter des places devant le théâtre... Attention, placement libre et ouverture de la salle dès 20h ; n'hésitez pas à prendre les strapontins qui restent au milieu : un peu moins confortables, la vue est bien meilleure que sur le côté et l'illusion encore accentuée.
1 commentaire(s)
Bonjour,
Il semble que vous ayez aimé... Ce n'est pas mon cas. Je n'ai vu nulle critique sociale dans cette pièce, tant le thème en a déjà été rebattu. Il y a longtemps que nous connaissons tous les mille et un trucs de la société du divertissement, nous n'en sommes pas dupes. Avez-vous appris quoi que ce soit de nouveau avec ce spectacle ? Avez-vous eu vraiment l'impression d'un spectacle engagé ? Pas moi. Tout cela était bien propret, avec des effets visuels bien léchés, c'est tout. Voyez ma critique à l'adresse
http://imagesdedanse.over-blog.com/article-1057764.
Amicalement,
par JD, le 2005-10-25 22:32:00
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