La Locandiera au théâtre Antoine
le 27/09/2005 - par Dorothée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Un très bon moment, servi par une actrice formidable.
La ièce :
La trame ressemble à un canevas de la Commedia dell'Arte : Mirandolina, jeune aubergiste qui fait chavirer tous les cœurs de passage dans son auberge, est le doux sujet de la querelle de deux gentilshommes, le comte et le marquis. Elle accepte voire encourage leur coure effrénée. Le marquis offre les bijoux les plus somptueux pour avoir la femme de son cœur tandis que le comte qui « sait qui [il est] et qui sait ce qu'[il vaut] », honore sa belle de sa protection. Mais Mirandolina, loin d'aspirer à une vie riche ou protégée porte toute son attention sur un troisième pensionnaire de son auberge : le chevalier qui dit mépriser les femmes. Elle jure alors de séduire ce dernier pour qu'il se dédise…
Le personnage de Mirandolina est bien plus profond qu'un personnage de farce. Cette jeune femme semble légère, enjouée. Elle calcule, elle manipule. Elle est ainsi loin du personnage de jeune première habituelle et le jeu de Cristiana Reali souligne bien cette ambiguïté. Tantôt Mirandolina prend sa belle voix chantante pour séduire le chevalier ou rassurer son cher Fabrizio, tantôt sa voix se fait nasillarde et dissonante, ses yeux se font durs et son visage marque une détermination sans retour. C'est le grand intérêt de la pièce, il me semble. Avant l'entracte, la pièce pourrait aisément tourner au drame lorsque résonne la dernière réplique de Mirandolina: « mais ce n'est pas assez, je le veux à terre! »
Hélas, ces nuances sont trop fugaces. Cela n'empêche pas le comique parfois grotesque, parfois subtil d'opérer. Le duo comte/marquis est bien la partie la plus comique de la pièce. Contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre d'ailleurs, ce n'est pas ce duo qui est le plus grotesque mais la passion du chevalier pour Mirandolina.
Lorsque le rideau tombe il vous prend une drôle d'impression, il reste quelque chose de louche dans la résignation finale de Mirandolina. En somme l'ambiguïté n'est pas levée. C'est appréciable dans une pièce de ce genre. On ne se souviendra pourtant pas de La Locandiera comme d'une pièce majeure, mais on se souviendra du jeu de son actrice, c'est certain !
Les infos pratiques :
Du mardi au samedi à 20h30. Le samedi à 17h et à 21h au théâtre Antoine.
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