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Des pièces contemporaines

La Mort de Danton au théâtre des Amandiers à Nanterre

La Mort de Danton au théâtre des Amandiers à Nanterre

Une version exceptionnelle de la pièce de Büchner par la troupe de Jean-François Sivadier ; grand succès d'Avignon 2005.


La critique :

« La mort de Danton » est un titre ambigu pour le texte de Büchner. Plus qu'une fin, ce titre annonce un processus irrémédiable qui trouve ses racines dans un temps antérieur à celui de la pièce. Danton n'a en effet dès le début plus rien du héros révolutionnaire dont les livres d'histoire vantent les mérites. A l'opposé, Robespierre se veut quant à lui le protecteur de la Vertu, véritable apôtre de la Terreur, de l'ordre moral et d'une politique sans faille. Pourtant, cet ordre n'est que le miroir déformé d'un désordre intérieur, d'une véritable obsession vertueuse destructrice des fondements mêmes de la démocratie et des droits de l'homme. Danton n'est plus à ses yeux qu'un homme ordinaire, misérable spécimen de cette humanité dépravée, vouée au désir et à la liberté. Mais c'est aussi un homme dangereux, qui ne partage pas ses points de vue et qu'il faut réduire au silence avec ses amis, même le jeune Camille Desmoulins qu'il aime au départ d'un amour fraternel. Cet arrêt de mort, que donne Robespierre à Saint-Just, n'est pas que celui de Danton ; c'est surtout celui de la liberté et de la démocratie. La pièce dénonce avec virulence les ratages de la Révolution.

 


 A pièce magnifique, mise en scène exceptionnelle. Celle de Jean-François Sivadier fera sans doute longtemps office de référence. Les comédiens sont éblouissants, du Danton incarné magnifiquement par Nicolas Bouchaud au Robespierre interprété par Sivadier lui-même, en passant par des personnages féminins troublants de sincérité. L'espace laissé par la grande scène des Amandiers permet un mouvement continu et un déplacement des décors fluide et efficace. La symbolique est bien sûr très forte. Le spectateur arrive au départ à la fin de la révolution, dans un court espace où le débat est encore possible. Les différents acteurs haranguent le public sur une estrade dédiée à la parole libre. Au fur et à mesure, les décors s'échelonnent sur 2 niveaux. Celui du bas est celui du peuple mais surtout celui de Danton, tant dans la chambre de Julie que dans sa prison. Celui du haut, une sorte de ponton sur roues, est celui du Pouvoir où Robespierre condamne les non-vertueux. Danton tente à un moment de s'y immiscer, lors de son procès, en montrant au peuple les absurdités du procès qui lui est fait. Mais cette lutte est sans issue possible, face à des jurés choisis pour leur surdité ou leur hargne. Elle est sans doute sans issue possible car Danton lui-même y est opposé. L'homme est fatigué, usé par les combats et ne désire plus finalement qu'une existence paisible qu'il mérite. Mais Danton est un « héros » presque mythologique au sens qui est donné à ce terme par Jean-Pierre Vernant : il ne peut l'être que s'il a une mort exceptionnelle. Le héros ne peut qu'avoir une vie courte et intense, sinon il n'a plus sa place dans la mémoire collective.  Dans sa cellule, il partage son désespoir avec ses amis détenus, ne pouvant se tourner vers un dieu que son athéisme combat. Au final, il ne restera donc que les bustes des 4 personnages, seuls souvenirs pour le peuple d'une démocratie durement acquise mais trop vite perdue.

 

Ce questionnement prend parfois dans la pièce des accents très contemporains grâce à des ajouts intelligents, faits par Sivadier au texte d'origine. C'est ainsi Danton en tant que figure de la liberté qui se tourne vers le public et l'interroge sur sa capacité à défendre des idées. L'on s'étonne alors presque du silence du public, conscient sans doute en cet instant que l'on n'aurait pas fait mieux que ce peuple désabusé et trompé.

 

 

La pièce a été le grand succès d'Avignon 2005 et Jean-François Sivadier est désormais un habitué de la scène des Amandiers. L'an dernier, il avait déjà connu le succès avec la pièce « Italienne, scène et orchestre » et il reprend parallèlement cette année le chef d'œuvre de Brecht, « La vie de Galilée ». On retrouve ici avec autant de plaisir cette troupe surdouée. C'est enfin une occasion unique de découvrir à quelques stations de RER la pièce-phare d'un jeune auteur allemand mort à 27 ans et devenu l'un des grands noms de la littérature.


Les informations pratiques :
Spectacle tous les soirs à 20h30, le dimanche à 16h, relâche le lundi
Durée : 2h40 sans entracte
Comment se rendre au théâtre? (petite remarque : il n'y a plus de navette après 20h20 et c'est vraiment très facile de se perdre à pied, expérience personnelle... donc arrivez à la station RER avant 20h20 !!)

 


13/11/2005


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rer nanterre prefecture

09/11/2005 12:48:00 - antoine

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